La Ville de Bordeaux a officiellement refusé, le 1er juin 2026, un legs de 53 objets d’art africains afin de permettre leur restitution aux pays d’origine. Parmi les principaux bénéficiaires de cette décision figure le Gabon, qui pourrait récupérer 33 pièces conservées jusqu’ici au Musée d’Aquitaine. Une démarche saluée par les autorités de Libreville, dont des représentants ont pris part à la séance du conseil municipal, comme un événement historique dans les relations patrimoniales entre la France et l’Afrique.

La Ville de Bordeaux – dont Thomas Cazenave, au centre de la photo, est maire – a refusé officiellement lundi 1er juin un legs privé de 53 biens culturels originaires de sept pays africains. © GUILLAUME BONNAUD / SUD OUEST/MAXPPP

 

La Ville de Bordeaux a acté, lundi 1er juin, le refus officiel d’un legs privé composé de 53 biens culturels africains afin de favoriser leur restitution à leurs pays d’origine. Cette décision, adoptée en conseil municipal, concerne notamment le Gabon, qui devrait récupérer 33 œuvres issues de cette collection conservée depuis plusieurs années au Musée d’Aquitaine.

Selon les informations rapportées par plusieurs médias français, dont France Info, Le Monde et Sud Ouest, la collection appartenait à une ancienne sage-femme décédée en 2022, ayant exercé dans plusieurs pays africains. Elle comprenait des objets d’art ainsi qu’un ensemble de bijoux et accessoires touaregs, pour une valeur estimée à plus de 30 000 euros.

Les biens concernés proviennent du Gabon, du Nigeria, du Niger, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo, du Burkina Faso et du Togo. Dès 2023, le musée national des Arts, Rites et Traditions de Libreville avait officiellement manifesté son intérêt pour le retour de 33 pièces gabonaises, ouvrant la voie à leur restitution.

Une première restitution depuis la France vers le Gabon

Pour Libreville, cette décision revêt une portée particulière. Une délégation gabonaise a d’ailleurs assisté à la séance du conseil municipal de Bordeaux qui a entériné le refus du legs.

Il s’agit de la première restitution d’une collection d’objets patrimoniaux au Gabon depuis la France. Jusqu’à présent, seul un retour d’œuvres depuis l’Italie avait été enregistré il y a deux ans.

Présente à Bordeaux, la déléguée permanente du Gabon auprès de l’Unesco, Bernice Abegue Owono, a qualifié l’événement d’« historique » et exprimé l’espoir qu’il « pose les jalons d’une nouvelle ère » dans la coopération culturelle entre les deux pays.

« Ce ne sont pas de simples objets d’art mais des liens séculaires avec nos ancêtres. Ils attendaient depuis longtemps de rentrer chez eux », a-t-elle déclaré devant les élus municipaux.

De son côté, le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a défendu une approche fondée sur l’éthique muséale et la coopération internationale. « La Ville de Bordeaux souhaite promouvoir une politique muséale responsable, éthique et concertée, dans le respect des droits culturels et des principes de coopération internationale », a-t-il affirmé, ajoutant que « le rôle d’un musée au XXIe siècle n’est pas seulement de conserver mais aussi de dialoguer, de partager, de transmettre ».

Un contexte favorable aux restitutions

Cette décision intervient quelques semaines après l’adoption par le Parlement français d’une loi-cadre destinée à faciliter la restitution des biens culturels acquis dans un contexte colonial. Ce texte concrétise l’engagement pris par le président Emmanuel Macron lors de son discours de Ouagadougou en 2017.

Jusqu’à présent, les restitutions demeuraient limitées. La France avait notamment restitué au Bénin les 26 trésors royaux d’Abomey en 2021, ainsi que le sabre d’El Hadj Omar au Sénégal. Plus récemment, un « tambour parleur » a été remis à la Côte d’Ivoire.

Même si le dossier bordelais ne relève pas directement de cette nouvelle loi, il s’inscrit dans une dynamique croissante de retour des biens culturels africains vers leurs pays d’origine. Pour le Gabon, la perspective de récupérer 33 œuvres patrimoniales constitue une avancée majeure dans la préservation et la valorisation de son héritage culturel.

 

 
GR
 

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