Soft power : quand Pékin se raconte depuis Libreville
L’ambassade de Chine au Gabon édite désormais un bulletin périodique, «Chine Briefing», consacré à la coopération bilatérale et à l’actualité chinoise. Sa quatrième livraison de 2026, datée du 9 juillet, illustre une stratégie d’influence méthodique où culture, diplomatie et économie s’emboîtent au service d’un même récit.

En médaillon, la Une de «Chine Briefing», édition 04-2026, bulletin diffusé par l’ambassade de Chine au Gabon. Le bulletin raconte Pékin aux Gabonais, dans leur langue. © GabonReview (montage)
Sous-titré «Bulletin sur la coopération bilatérale Chine-Gabon et les actualités de la Chine» et frappé du sceau «Connaître la Chine», le document reprend pour l’essentiel des dépêches de l’agence officielle Xinhua. L’initiative s’inscrit dans ce que Pékin a proclamé «Année des échanges entre peuples Chine-Afrique» et matérialise, à l’échelle gabonaise, une diplomatie publique éprouvée : produire et distribuer soi-même son propre récit, dans la langue du pays hôte.
Trois étages de récit
Le sommaire fonctionne comme une architecture d’influence. Au rez-de-chaussée, le Gabon : un atelier Unesco sur le patrimoine culturel immatériel à Libreville, la finale du concours d’éloquence «Pont vers le chinois» à Owendo, une exposition de littérature chinoise au FILIGA 2026. Autant d’événements réels où la Chine apparaît en partenaire culturel plutôt qu’en créancier ou en exploitant forestier.
Aux étages supérieurs, le récit s’élargit : célébration du 105e anniversaire du Parti communiste chinois, experts médicaux dépêchés en RDC contre Ebola et, surtout, le livre blanc sur la gouvernance mondiale publié en juin, reproduit intégralement en annexe. Le message au «Sud global», dont le Gabon fait partie, est limpide : la Chine se pose en avocate d’une réforme du FMI, de la Banque mondiale et du Conseil de sécurité au profit de l’Afrique.
L’Institut Confucius, tête de pont
Sur le terrain, la cheville ouvrière reste l’Institut Confucius de l’Université Omar Bongo, actif depuis janvier 2019. La présence du ministre de l’Enseignement supérieur Charles Edgard Mombo et du recteur Jean-Jacques Tony Ekomie à la finale d’Owendo témoigne d’un ancrage institutionnel rare pour une puissance étrangère. Geste le plus habile : l’inscription du Mvet Oyeng au patrimoine immatériel de l’humanité y est saluée comme une fierté gabonaise. Valoriser le patrimoine de l’autre pour mieux faire accepter le sien, la méthode est éprouvée. Reste à savoir quelle place le public gabonais accordera à ce nouveau canal d’une séduction désormais assumée.
Valoriser le patrimoine de l’autre pour mieux faire accepter le sien : la méthode est éprouvée, et elle n’est du reste ni nouvelle ni propre à la Chine. Alliances françaises, centres culturels américains ou instituts Goethe ont, chacun à leur époque, cultivé le même sillon à Libreville. Pékin y ajoute toutefois une constance et des moyens que peu de chancelleries alignent aujourd’hui, dans un moment où le Gabon diversifie ses partenariats et où chaque puissance affine son offre de séduction.
«Chine Briefing» s’inscrit dans cette compétition feutrée des récits. Le bulletin ne cache d’ailleurs pas sa nature : c’est une parole officielle, assumée comme telle, qui a le mérite de la transparence sur son émetteur. Au lecteur gabonais, désormais, d’en faire un usage éclairé, comme de toute communication institutionnelle : y puiser l’information utile sur un partenaire économique de premier plan, tout en gardant à l’esprit qu’un pays qui se raconte lui-même choisit toujours ses meilleurs angles. Entre curiosité légitime et distance critique, c’est finalement le public qui décidera de la place accordée à cette fenêtre ouverte sur Pékin depuis le boulevard Triomphal.
















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