Solitude, faim, idées suicidaires : les chiffres qui obligent à regarder l’école gabonaise autrement
Idées suicidaires, solitude, troubles du sommeil, insécurité alimentaire : les résultats présentés au Conseil des ministres du 8 octobre décrivent un mal-être préoccupant dans les écoles gabonaises. Parmi les élèves interrogés, 22,7 % déclarent avoir sérieusement envisagé de se suicider. Face à cette alerte, l’exécutif donne son accord à l’inscription budgétaire du programme «École ZEN». Reste à préciser la réponse à la souffrance psychologique.

Saut mortel, du haut d’une passerelle piétonne, d’un élève du lycée national Léon Mba, en mars 2026. Face à une enquête révélant la détresse psychologique des élèves, le gouvernement a approuvé l’inscription du programme «École ZEN» dans la programmation budgétaire 2026-2030. © Facebook
L’école gabonaise fait face à des difficultés qui dépassent les apprentissages. Une enquête sur la santé en milieu scolaire, dont le Conseil des ministres a pris acte le 8 octobre 2026 à Libreville, met en évidence plusieurs vulnérabilités. Conduite à partir d’octobre 2024 par les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, avec l’appui de l’UNESCO et de l’OMS, elle porte sur les comportements des élèves, leur état de santé et les politiques sanitaires des établissements.
Le communiqué final du Conseil des ministres présente la santé mentale comme le principal signal d’alerte. Un sentiment de solitude est déclaré par 74,3 % des élèves, tandis que 64,3 % signalent des troubles du sommeil. Les pensées suicidaires sérieusement envisagées concernent 22,7 % des répondants. Ce dernier indicateur porte sur des pensées déclarées, et non sur des tentatives de suicide.
Des fragilités jusque dans les foyers
Le tableau ne se limite pas à la détresse psychologique. Selon les résultats rapportés, 29,5 % des élèves vivent une insécurité alimentaire à domicile. Par ailleurs, 21,2 % ont consommé de l’alcool au cours du mois précédant l’enquête.
Les violences occupent également une place préoccupante : 17,9 % des élèves déclarent avoir subi des violences ou du harcèlement à l’école, et 9,9 % du cyberharcèlement. Ces proportions ne doivent pas être additionnées, un même élève pouvant être concerné par plusieurs situations.
La portée exacte de ces chiffres mérite toutefois d’être documentée. Le communiqué ne précise ni la taille de l’échantillon, ni sa répartition géographique, ni les périodes de référence de plusieurs indicateurs. L’enquête complète permettrait de mieux apprécier la représentativité des résultats. Ces données ne constituent donc pas, à elles seules, une photographie de tous les élèves gabonais en octobre 2026.
«École ZEN», une réponse à préciser
Face à ces constats, les capacités de prise en charge apparaissent limitées. Moins d’un tiers des établissements disposent d’un mécanisme formalisé de prise en charge sanitaire. Le document du gouvernement relève aussi d’importants déficits en eau potable, en assainissement, en équipements sanitaires et en dispositifs d’hygiène des mains.
Le Conseil a donné son accord à l’inscription du programme national d’assainissement scolaire « École ZEN » dans la programmation budgétaire du Plan national de croissance et de développement 2026-2030. Il a également approuvé la mobilisation des partenaires techniques et financiers ainsi que l’élaboration des textes nécessaires à sa mise en œuvre.
Le communiqué ne précise cependant ni l’enveloppe financière, ni le calendrier de déploiement, ni les modalités d’accompagnement psychologique prévues. L’amélioration des conditions sanitaires est annoncée ; l’organisation de l’écoute, du repérage de la détresse et de l’orientation vers les soins reste à expliciter. Pour les élèves concernés, c’est cette traduction concrète de l’alerte en accompagnement qui sera déterminante.
















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