Subvention du carburant : la CAISTAB plaide pour la réforme d’un système à bout de souffle
Face à une facture de 147 milliards de francs CFA sur neuf mois et aux interrogations sur les bénéficiaires de subvention des produits pétroliers, le directeur général de la CAISTAB, Ismaël Gnamalengoungou Oligui, estime nécessaire de repenser le mécanisme actuel. Il évoque notamment une subvention mieux ciblée, appuyée par la digitalisation, pour soulager les finances publiques sans pénaliser les ménages vulnérables.

Le directeur général de la CAISTAB, Ismaël Gnamalengoungou Oligui, sur le Plateau spécial de Gabon 1ère, le 21 octobre 2026. © GabonReview (Capture d’écran)
La subvention des produits pétroliers est-elle encore soutenable dans sa forme actuelle au Gabon ? Invité du Plateau spécial de Gabon 1ère, le 21 octobre 2026, le directeur général de la Caisse de stabilisation et de péréquation (CAISTAB), Ismaël Gnamalengoungou Oligui, a reconnu la nécessité de revoir ce dispositif, dans un contexte marqué par les récentes tensions d’approvisionnement en carburant et les critiques sur la répartition de l’aide publique.
Selon lui, l’État a consacré 147 milliards de francs CFA au soutien des carburants entre janvier et septembre 2026. Une charge financière qu’il juge devenue difficilement soutenable, alors que les besoins de financement des chantiers publics restent importants. « Il y a lieu de réfléchir aujourd’hui », a-t-il insisté, appelant à repenser le système de subvention en vigueur.
Des prix artificiellement contenus
Pour illustrer le poids de ce mécanisme, le patron de la CAISTAB a rappelé les écarts entre les prix pratiqués à la pompe et les coûts réels des produits pétroliers. En octobre, le litre d’essence est vendu à 595 francs CFA, contre un coût réel estimé à 970 francs. Le gasoil est commercialisé à 575 francs, alors que son prix réel atteint 1 190 francs CFA. La subvention absorbe ainsi une partie importante du coût supporté par les consommateurs.
À cette intervention s’ajoute la péréquation, qui permet d’appliquer des prix uniformes sur l’ensemble du territoire national, malgré les différences de coûts d’acheminement. Un dispositif que la CAISTAB présente comme un instrument de protection du pouvoir d’achat, mais dont le financement est fragilisé par les tensions sur les marchés internationaux, notamment la hausse des coûts du fret.
Une aide qui profite davantage aux plus aisés ?
Interrogé sur le rapport de la Banque mondiale selon lequel 96 % des dépenses de subvention à l’essence et au gasoil bénéficient à la moitié la plus aisée de la population, Ismaël Gnamalengoungou Oligui a défendu le caractère non discriminatoire du mécanisme actuel. Il souligne que les aides profitent aussi indirectement aux ménages à travers les transports et la production d’électricité.
Il reconnaît toutefois que tous les bénéficiaires n’en tirent pas le même avantage. D’où l’intérêt, selon lui, d’étudier une subvention davantage ciblée sur les populations vulnérables. Parmi les pistes évoquées figure la digitalisation, avec un système différenciant les niveaux d’aide selon les revenus ou les capacités de consommation.
Le responsable a également plaidé pour une transformation accrue du pétrole brut sur place, estimant qu’une nouvelle raffinerie pourrait contribuer à réduire la dépendance aux produits raffinés importés.
Reste à concilier deux impératifs : préserver le pouvoir d’achat des ménages et réduire le poids budgétaire des subventions. Pour la CAISTAB, la crise récente du carburant souligne l’urgence d’une réforme, dont les modalités devront encore être précisées.
















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