Le 4 avril 2026, une page s’est tournée au Palais de verre Paul-Biya, siège de l’Assemblée nationale, à Yaoundé. Le Parlement camerounais, réuni en Congrès, a approuvé, «à une majorité écrasante», le projet de loi portant création du poste de Vice-président de la République, une fonction abolie depuis 1972. Le scrutin, resté sans suspense, a livré son verdict : «200 voix pour, 18 contre et 4 abstentions». Mais le son de la discorde retentit, malgré tout, dans le ciel camerounais après ce vote, en attendant la promulgation, par le président de la République, de cette réforme.

Les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, dirigeant le Congrès du parlement camerounais, du 2 au 4 avril 2026. © D.R.

 

Réunis en Congrès depuis le 2 avril, le Parlement camerounais devait travailler à la validation de nouvelles réformes à inscrire dans la Constitution du pays. Parmi ces réformes, figurait la création du poste de Vice-président de la République. Quarante-huit heures après les débats, les parlementaires du Sénat et de l’Assemblée nationale ont accordé leurs suffrages à cette modification qui donne au chef de l’Etat camerounais la possibilité de désigner son second. Le texte présenté a été approuvée, le 4 avril, par une majorité écrasante, à savoir 200 voix pour, 18 contre et 4 abstentions. Sitôt après, le président de l’Assemblée nationale, président du Congrès, Théodore Datouo, a aussitôt déclaré que «le poste de Vice-président est institué, en attendant sa promulgation par le président de la République».

«Optimiser l’architecture de l’exécutif pour garantir une meilleure continuité et efficacité de l’État» ? 

Un moment du vote lors du Congrès du parlement camerounais. © D.R.

Le vote, intervenu dans le cadre d’une révision constitutionnelle, au Cameroun, voulue pour «le nouveau septennat», marque un tournant institutionnel d’importance dans ce pays.

Cette réforme, a expliqué le Garde des Sceaux, Laurent Esso, vise à «optimiser l’architecture de l’exécutif pour garantir une meilleure continuité et efficacité de l’État». Le texte modifie plusieurs articles de la Constitution, notamment les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66, afin d’introduire un successeur désigné chargé «d’assurer la continuité de l’État en cas de vacance du pouvoir présidentiel». Pour le gouvernement, il s’agit d’un ajustement pragmatique, garantissant la stabilité du pays et prévenant les crises institutionnelles. À cette lecture technique et apaisée, l’opposition et une partie de la société civile opposent un diagnostic radicalement différent.

Dans une atmosphère électrique, les parlementaires se sont livrés à des échanges d’une rare intensité. Si la majorité a salué un acte de «modernisation de l’État», les voix discordantes ont dénoncé un subterfuge visant à «contourner le suffrage universel direct au profit d’une succession désignée». Certains députés n’ont pas hésité à parler d’un «coup d’État institutionnel» voté à main levée. L’interruption soudaine de la retransmission en direct des débats, précisément au moment où l’opposant Jean Michel Nintcheu prenait la parole, en a ajouté à la suspicion et à la colère d’une partie de l’opinion publique.

«La figure du Vice-président devient la clé de voûte des incertitudes de demain»

Les critiques les plus structurées sont venues du Barreau camerounais, dont le bâtonnier Mbah Eric Mbah a dénoncé une réforme «portant atteinte au principe de l’élection du président de la République au suffrage universel». Selon lui, le fait que le Vice-président soit nommé par le chef de l’État, et puisse «achever le mandat de ce dernier, quelle qu’en soit la durée», fragilise «la légitimité démocratique sur laquelle repose la fonction présidentielle». Le Barreau s’interroge en outre sur «l’opportunité de créer une fonction publique de si haut rang aux côtés du Premier ministre», dans un contexte d’austérité budgétaire et de prolongation du mandat des conseillers municipaux.

Ainsi, entre promesses de stabilité et accusation de confiscation du pouvoir, le retour du poste de Vice-président ouvre une ère de paradoxes. «Moment historique» selon les uns, «deuil démocratique» pour les autres, cette réforme redessine profondément l’échiquier institutionnel du Cameroun. Le pays entre, comme le souligne un observateur, dans «une nouvelle ère politique où la figure du Vice-président devient la clé de voûte des incertitudes de demain». L’histoire retiendra peut-être que le 4 avril 2026, au cœur du Palais de Verre, c’est bien l’ombre du futur qui a pris forme sous le sceau du vote parlementaire.

 
GR
 

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