Entre violences urbaines, défiance sociale et autorité présidentielle contestée, la France renverrait l’image d’une puissance fragilisée jusque dans son rayonnement international. Au-delà des désordres dénoncés, c’est la capacité d’Emmanuel Macron à gouverner, à restaurer la confiance et à préserver le crédit de son pays qui est interrogée. Dans cette tribune au ton sévère, Ghislain Etoughet*, ancien chargé d’affaires par intérim à l’ambassade haute-représentation du Gabon en France, livre une lecture critique d’une crise dont il redoute les répercussions bien au-delà des frontières françaises.

Emmanuel Macron face aux fractures françaises : une autorité contestée et une influence internationale en question. ©Photomontage d’illustration – GabonReview

 

Violences urbaines, commerces saccagés, bâtiments pillés : la France traverse une nouvelle zone de turbulences. Au cœur de la tourmente, Emmanuel Macron est confronté à une crise sociale dont l’ampleur interroge la capacité du pouvoir à renouer le dialogue avec une partie de la population.

Ghislain Etoughet, ancien diplomate gabonais en France, s’interroge sur une autorité présidentielle fragilisée et un prestige français mis à l’épreuve. © D.R.

La France donne aujourd’hui le spectacle d’un pays sous tension. Depuis le samedi 17 octobre, selon les informations avancées, les scènes de dégradation se multiplient : près de 2.000 commerces saccagés, plusieurs bâtiments pillés et de nombreux espaces urbains affectés par les violences. Derrière ce bilan annoncé, c’est toute la question de l’ordre public, du malaise social et de la confiance dans les institutions qui se trouve posée.

A mon humble avis, dans ce climat de désordre, un constat s’impose : l’exécutif est mis à rude épreuve. Emmanuel Macron, au sommet de l’État pour encore quelque sept mois seulement, doit faire face à une situation qui dépasse désormais le seul maintien de l’ordre. Car lorsque les rues deviennent le théâtre d’affrontements et que les activités économiques sont paralysées, la crise se mesure non plus seulement aux dégâts matériels, mais aussi à la fragilité du lien entre les gouvernants et les gouvernés.

Un pouvoir confronté à la défiance

Macron n’est plus ni écouté, ni entendu

« Ni écouté, ni entendu » : la formule résume le sentiment d’impuissance que certains peuvent éprouver face à une crise qui s’installe. Elle traduit également une interrogation politique majeure : les réponses apportées par les autorités sont-elles à la hauteur des tensions qui traversent le pays ?

La multiplication des violences, si elle est confirmée par les bilans officiels, ne saurait toutefois résumer à elle seule l’ensemble des revendications exprimées dans la société française. Il convient de distinguer les manifestants pacifiques des auteurs de pillages et de destructions. La contestation sociale ne justifie pas les violences, pas plus que la nécessité de rétablir l’ordre ne dispense les pouvoirs publics de rechercher les causes profondes de la colère.

L’économie et la cohésion sociale en première ligne

Derrière chaque commerce détruit, il y a des emplois menacés, des entrepreneurs fragilisés et des familles qui redoutent le lendemain. Derrière chaque bâtiment dégradé, il y a des services perturbés et un coût collectif qui pèsera sur la collectivité.

Les conséquences d’une telle crise peuvent ainsi se prolonger bien au-delà des affrontements. Elles affectent l’activité économique, nourrissent le sentiment d’insécurité et mettent à l’épreuve la confiance entre les citoyens, les institutions et les forces de l’ordre.

Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est donc double : rétablir la sécurité et apporter une réponse politique crédible aux tensions qui alimentent la défiance. Une stratégie exclusivement sécuritaire risquerait de laisser intactes les causes du malaise si celles-ci sont d’ordre social, économique ou institutionnel. À l’inverse, le dialogue ne peut produire de résultats durables sans une condamnation claire des destructions et des pillages.

L’urgence d’une réponse politique

À mesure que les dégâts s’accumulent, la pression monte sur le gouvernement. Les citoyens attendent des mesures concrètes, les commerçants réclament des garanties pour leur activité et les collectivités doivent organiser la remise en état des espaces touchés.

La sortie de crise dépendra de la capacité des autorités à conjuguer fermeté, écoute et décisions tangibles. Elle supposera également de comprendre les revendications en présence, d’établir les responsabilités et de restaurer des conditions de dialogue.

Car un pays ne se gouverne durablement ni par la seule contrainte ni par les seules déclarations. Il se gouverne aussi par la confiance, la justice et la capacité à répondre aux préoccupations de sa population.

Comme je le dis plus haut, la France est aujourd’hui face à une épreuve dont l’issue dépendra autant du rétablissement de l’ordre que de la réponse politique apportée au malaise social. Pour Emmanuel Macron, le défi est désormais de démontrer que l’État peut protéger les citoyens, préserver l’économie et rétablir le dialogue. Faute de quoi, les dégâts visibles dans les rues pourraient n’être que le symptôme d’une fracture plus profonde.

Influence intacte ? Beaucoup en doutent

Et tout cela pourrait amener à se demander si l’influence de la France dans le monde pourra rester intacte, si la parole de la France pourra avoir le même retentissement, si l’image de la France ne s’est pas par trop abîmée ces derniers jours. Influence, parole, image.

Beaucoup d’observateurs en France et dans le monde en doutent.

Par Ghislain ETOUGHET*

Ancien Chargé d’affaires a.i. à l’ambassade haute-représentation du Gabon en France

 
GR
 

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