Trois ans après sa chute, Ali Bongo règle ses comptes, renonce aux élections et envisage son retour
Près de trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, Ali Bongo Ondimba rompt véritablement le silence. Dans un long entretien accordé à Info241, l’ancien président revient sur sa chute, égratigne Brice Clotaire Oligui Nguema, défend Sylvia et Noureddin Bongo, reconnaît des erreurs et livre une lecture plus nuancée des violences de 2016. Surtout, il annonce qu’il ne briguera plus aucun mandat électif, tout en se réservant encore un rôle politique et même, sous conditions, la possibilité de servir à nouveau le pays.

Ali Bongo : «N’oubliez pas qu’il a fallu des chars de l’armée pour me destituer.» © Info2421
Ali Bongo Ondimba a manifestement des choses à dire. Et, après trois années durant lesquelles «on a beaucoup parlé et écrit» sur lui et sa famille, l’ancien chef de l’État estime venu le moment de livrer sa version. «Les gens méritent de connaître la vérité», affirme-t-il dans un entretien exclusif publié, ce 22 août, par Info241 et réalisé par Jocksy Andrew Ondo-Louemba.
Oligui ? «Ses actes parlent d’eux-mêmes»
Sur le 30 août 2023, Ali Bongo choisit des mots mesurés, mais leur destination ne fait guère de doute. «Alors que ceux qui avaient juré de me protéger avaient choisi une autre voie, je ne voulais pas qu’une seule goutte de sang gabonais soit versée pour moi», dit-il.
Interrogé directement sur Brice Clotaire Oligui Nguema, l’ancien président rappelle que celui-ci avait servi Omar Bongo avant de le servir lui-même. «Naturellement, j’avais confiance en lui et en son uniforme.» Était-il surpris par le putsch ? «Qui ne l’aurait pas été ?», répond-il, avant de lâcher : «Ses actes parlent d’eux-mêmes. L’histoire et le peuple gabonais les jugeront.»
L’ancien président s’attaque également à l’un des récits les plus persistants de la fin de son règne : celui d’un chef de l’État diminué par son AVC de 2018 et dont l’entourage aurait progressivement exercé le pouvoir à sa place. «Les décisions présidentielles sont restées les miennes à tout moment. Elles n’étaient ni celles de ma femme ni celles de mon fils, mais les miennes», assure-t-il. Et d’ajouter, avec une formule appelée à faire parler : «N’oubliez pas qu’il a fallu des chars de l’armée pour me destituer.»
Sylvia, Noureddin et les «mauvaises personnes»
Ali Bongo récuse également l’image d’un Noureddin Bongo Valentin devenu «deuxième président». Son fils, soutient-il, accomplissait les fonctions pour lesquelles il avait été nommé, «sous mon autorité». Quant aux poursuites visant sa famille, il estime que «certains tentent de réécrire l’histoire et de m’attaquer en s’en prenant à [sa] famille», renvoyant désormais la bataille devant les juridictions saisies.
Sur ses quatorze années au pouvoir, l’ancien chef de l’État défend son bilan, mais concède des erreurs inhabituelles dans sa bouche. «Certains problèmes systémiques […] auraient dû être traités plus rapidement.» Surtout : «Nous n’avons pas toujours choisi les bonnes personnes, comme l’ont clairement montré les événements qui ont suivi.» Difficile de ne pas y lire une allusion aux ralliements et retournements ayant accompagné sa chute.
Ali Bongo retourne aussi contre ses successeurs une partie des critiques adressées à son régime. Coût de la vie, chômage des jeunes, dette publique : «Trois ans plus tard, certains problèmes dont on m’a tenu pour responsable […] restent des défis et se sont, dans certains cas, aggravés.»
2016 : un début de mea culpa
Plus inattendu est son retour sur la crise postélectorale de 2016. Il reconnaît que «la proportionnalité» de la réponse de l’État «fait encore débat» et présente ses condoléances aux familles des victimes. «Chaque vie perdue était une vie de trop», affirme-t-il.
Surtout, dix ans après, il concède : «Avec le recul, j’aurais souhaité davantage de dialogue pour éviter cette escalade.» Une reconnaissance limitée, certes, mais rare sur l’un des épisodes les plus controversés de ses deux mandats.
Plus candidat, mais pas tout à fait retiré
L’annonce politique majeure est cependant ailleurs : «Je ne me présenterai plus à des élections. Ce chapitre de ma vie est clos.» Ali Bongo affirme néanmoins présider toujours le PDG et vouloir «passer le flambeau», préparer une nouvelle génération puis s’effacer.
Sa porte n’est même pas totalement fermée à Brice Clotaire Oligui Nguema. À la question de savoir s’il accepterait de travailler avec lui, il conditionne une telle éventualité au rétablissement, selon lui, d’un véritable État de droit. «Alors tous les Gabonais de bonne volonté pourront répondre à l’appel du service. Moi y compris.»
Reste enfin le Gabon. Vivant désormais à l’étranger, Ali Bongo affirme vouloir y revenir «plus que tout», mais seulement «lorsque les conditions de droit et de sécurité le permettront» pour lui et sa famille.
Trois ans après avoir perdu le pouvoir, l’ancien président dit donc renoncer aux urnes, mais pas encore totalement à la politique. Et, surtout, il commence à écrire sa propre version du 30 août 2023.
















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