Un homme réhabilité, des milliers d’autres toujours en attente. L’hommage rendu à Jean Ping, présenté comme une réparation de l’injustice de 2016, place désormais le pouvoir face à une exigence plus large. Le 22 août, la CNR a de nouveau réclamé une commission nationale pour étendre vérité, justice et réparation à toutes les victimes des crises post-électorales.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema aux côtés de Jean Ping, à qui il a rendu hommage en baptisant à son nom le nouveau siège du ministère des Affaires étrangères. © D.R.

 

En donnant le nom de «Maison Jean Ping» au nouveau siège du ministère des Affaires étrangères, le président de la République a explicitement évoqué la volonté de «réparer l’injustice subie en 2016». Un choix que Vincent Moulengui Boukosso, porte-parole de la Coalition, a immédiatement resitué dans son contexte historique : Jean Ping, candidat à la présidentielle cette année-là, est resté convaincu que sa victoire lui avait été volée par le pouvoir déchu.

Mais pour la Coalition pour la nouvelle République (CNR) et les partis alliés, cette reconnaissance ne peut rester un acte isolé.

Réclamation d’une commission «Vérité-Justice-Réparation»

Dans une déclaration rendue publique le 22 août par la voix de Vincent Moulengui Boukosso, la Coalition réitère son appel à la mise en place d’une Commission «Vérité-Justice-Réparation-Pardon-Réconciliation», chargée de se pencher sur le sort de l’ensemble des victimes des crises post-électorales. La CNR estime que la réparation ne saurait se limiter à une seule personnalité, aussi importante soit-elle. «Si le serment présidentiel d’être juste envers tous doit prendre tout son sens, alors la question de la réparation ne peut s’arrêter à une seule personnalité», soutient-elle. La Coalition rappelle que la souveraineté populaire donne aux Gabonais «le droit de savoir, de vérifier et d’exiger des comptes».

À ses yeux, le discours du chef de l’État à la Nation, le 16 août, a été marqué par une forte portée symbolique, sans répondre suffisamment aux attentes des victimes des violences post-électorales survenues entre 1993 et 2016. «Les victimes attendent toujours qu’un véritable processus de vérité, de justice, de réparation, de pardon et de réconciliation soit engagé», insiste la Coalition, pour qui la clarification des faits et la reconnaissance des souffrances constituent des conditions de l’apaisement national. «C’est pourquoi la CNR, les partis politiques alliés et de nombreux compatriotes continuent de plaider pour la mise en place d’une Commission ‘’Vérité-Justice-Réparation-Pardon-Réconciliation’’», souligne la déclaration.

Le risque d’une justice à géométrie variable

L’instance réclamée devrait disposer d’un mandat précis, d’une composition indépendante et pluraliste, de garanties de protection des témoins et d’un calendrier public. Elle devrait également déboucher sur des mesures de réparation concrètes, notamment en faveur des blessés, des familles endeuillées et des personnes traumatisées ou affectées dans leur vie sociale et professionnelle. Dans sa démarche du 22 août, la CNR semble défendre un principe d’universalité : si l’ancien candidat à la présidentielle de 2016 a obtenu une forme de réparation, les autres Gabonais ayant souffert des crises électorales doivent eux aussi pouvoir être reconnus et indemnisés.

À défaut, le processus risquerait d’entretenir le sentiment d’une justice sélective et d’alimenter de nouvelles frustrations. Reste une interrogation : cet appel sera-t-il finalement entendu ? La CNR réclame «une justice équitable, à l’abri de toute impression de traitement à géométrie variable». Or, malgré les appels formulés depuis la Transition et les revendications plus anciennes en faveur d’un mécanisme de vérité et de réconciliation, aucune commission de cette nature n’a jusqu’ici été installée par les autorités gabonaises. Pour la Coalition, la réponse du pouvoir à cette demande constituera un test majeur de sa volonté de faire de la vérité, de la justice et de la réconciliation autre chose que des promesses.

 
GR
 

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