402 000 francs pour une tombe, deux hangars, plus de 300 palmiers : c’est le montant qui a mis le feu aux poudres à la Plaine Ayémé. La gouverneure de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, a présenté, le 31 juillet, aux personnes affectées par le projet (PAP) de construction de logements sur 539 hectares destinés aux enseignants, les résultats des évaluations de leurs biens. Si les premiers paiements sont annoncés pour le 12 août, l’opération a suscité de vives contestations de la part de plusieurs habitants, qui jugent les montants proposés largement insuffisants.

Le gouverneur de la province de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, s’adressant aux populations de Sonadeci Tchad, le 31 juillet 2026. © GabonReview

 

La gouverneure de la province de l’Estuaire, Marie-Françoise Dikoumba, s’est rendue à la Plaine Ayémé, dans le secteur de Sonadeci Tchad, afin de rencontrer les populations concernées par le futur projet de logements sur 539 hectares pour les enseignants. Cette rencontre avait pour objectif de présenter les résultats des évaluations du cadre bâti et des biens agricoles réalisées par les services compétents.

Quelques moments de la rencontre. © GabonReview

«Nous sommes là pour leur présenter les résultats des évaluations du cadre bâti et des biens agricoles. L’évaluation a pu mettre en exergue 200 PAP agricoles et 50 PAP pour le cadre bâti. Aujourd’hui, nous sommes en train de leur indiquer les différents montants qui ont été mis en exergue par rapport à leurs évaluations respectives», a expliqué la gouverneure. Elle a annoncé que le 12 août prochain, le gouvernement procédera au paiement effectif des aides au départ, à travers la remise des chèques aux bénéficiaires.

Des montants jugés incompréhensibles

La séance d’information a cependant rapidement laissé apparaître un profond mécontentement chez plusieurs personnes impactées. Beaucoup ont exprimé leur incompréhension face aux montants qui leur ont été attribués, estimant qu’ils ne reflètent pas la valeur réelle de leurs biens.

Face à ces critiques, Marie-Françoise Dikoumba a rappelé que les évaluations avaient été réalisées par des experts de l’Agence nationale d’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre pour les constructions, ainsi que par des ingénieurs agronomes pour les exploitations agricoles. «Les évaluations sont réalisées sur la base d’un texte qui encadre justement tout cela», a-t-elle précisé, reconnaissant toutefois que les populations ne maîtrisent pas toujours les critères retenus pour évaluer les plantations ou les habitations.

Ceux qui ne sont pas satisfaits peuvent déposer des recours

Pour répondre aux contestations, la gouverneure a annoncé l’ouverture prochaine d’une période de réclamation. Les personnes estimant avoir été lésées pourront déposer un recours, après quoi les experts retourneront sur le terrain pour procéder, si nécessaire, à une nouvelle évaluation. «Puisque rien n’a été détruit, ils vont repasser pour réévaluer et nous allons prendre des décisions sur la base de ces résultats», a-t-elle assuré.

Au-delà des indemnisations, l’autorité provinciale a tenu à rassurer les habitants sur leur avenir. Selon elle, le projet prévoit de maintenir les populations dans leur cadre de vie en les intégrant au futur programme immobilier. «Les populations qui sont ici, ce sont nos parents. Ce sont des Gabonaises et des Gabonais. On ne va pas les jeter à la rue. Ce qui est prévu, c’est de les maintenir dans leur cadre de vie. On va les intégrer ici dans le projet. Pour les zones agricoles, nous allons également réserver un espace afin qu’elles puissent poursuivre leurs activités», a déclaré Marie-Françoise Dikoumba.

Les habitants plaident pour être intégrés dans le projet

Malgré ces assurances, les inquiétudes persistent. Parmi les habitants, Wilfried Koumbé Nziengui n’a pas caché sa déception. «On nous a appelés pour vérifier les montants destinés à chacun des déguerpis. Je suis complètement déçu. On ne peut pas m’attribuer un montant de 402 000 francs alors que sur ma parcelle, j’ai une tombe, deux hangars, plus de 300 palmiers, plus de 200 atangatiers et plus de 15 manguiers. Je ne sais pas sur quelle base a été faite l’évaluation», a-t-il dénoncé. Refusant de percevoir ce qu’il qualifie de «montant dérisoire», il affirme qu’il déposera un recours.

Au-delà de la réévaluation financière, Wilfried Koumbé Nziengui formule également un souhait : que les populations installées depuis plusieurs décennies puissent bénéficier, elles aussi, du projet. «Oui, nous sommes déguerpis, mais nous voulons aussi être relogés. Si l’on donne la possibilité aux enseignants d’avoir une parcelle, les propriétaires qui vivent ici depuis longtemps devraient également être intégrés au projet», plaide-t-il.

En attendant l’ouverture de la phase de réclamation et le paiement annoncé des indemnisations, le projet de construction des logements pour les enseignants entre dans une étape décisive, où la capacité des autorités à concilier développement et justice sociale sera particulièrement scrutée.

 
GR
 

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