La dotation spéciale de 7 milliards de francs CFA accordée à la Nyanga revient au premier plan. Après l’audit de la Task Force, les interrogations suscitées par plusieurs chantiers et les vidéos de terrain de Lionel Giovani Boulingui, la Vice-présidence du gouvernement convoque ce jeudi 3 septembre à 9 heures les responsables de 21 entreprises attributaires de marchés. Le communiqué ne précise cependant ni l’objet exact de la rencontre ni les éventuelles suites qui pourraient en découler.

Des chantiers de la Nyanga aux bureaux de la Vice-présidence : les 7 milliards changent de décor, et 21 entreprises sont désormais attendues autour de la table. © GabonReview

 

À Libreville, les entreprises sont désormais attendues. Dans un communiqué rendu public mercredi 2 septembre, la Vice-présidence du gouvernement convoque ce jeudi à 9 heures les responsables des sociétés ayant obtenu des marchés financés sur la dotation spéciale de la Nyanga. Leur présence au cabinet du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, est déclarée obligatoire.

Speednet, KM BTP, M&F Afrique Consult, Bakita & Frères, Direct7Vice, EGET, ESTTM & Company, Gunas Service, Gabi Service, Gabon Consult, GBT Infrastructure, Imar BTP, Medi Service Gabon, Mugobusti, SCK BTP, SDM, SMF, Société des bâtiments et des distributions (SBD), Socob et Aljana figurent notamment parmi les entreprises convoquées.

Des chantiers passés sous plusieurs loupes

Cette convocation intervient dans un dossier déjà largement exposé. L’utilisation de la dotation spéciale avait fait l’objet d’investigations de la Task Force, tandis que l’état d’avancement de plusieurs réalisations alimentait les interrogations.

Jonathan Ignoumba avait lui-même pris la parole à la mi-août pour expliquer le mécanisme mis en place durant la Transition. Celui qui se présentait alors comme le «chef politique de la province» avait été directement associé à la réflexion sur l’utilisation de l’enveloppe. Il expliquait que les 7 milliards avaient été répartis entre les départements et que les projets devaient être déterminés localement, avec notamment la volonté de privilégier des entreprises de la province. Dès août 2024, il avait d’ailleurs préconisé la création de comités départementaux chargés de sélectionner les projets, de les valider et de désigner les entreprises locales chargées de leur réalisation.

Face aux accusations apparues depuis sur la gestion de ces fonds, l’ancien ministre avait toutefois rejeté toute implication personnelle dans le choix des entreprises. Il affirmait que son rôle s’était limité au dispositif politique et administratif, notamment à la signature de factures nécessaires au circuit de paiement.

GabonReview avait ensuite confronté ces explications aux remontées du terrain. Plusieurs réalisations apparaissaient inachevées ou soulevaient des interrogations sur leur niveau réel d’exécution.

Boulingui, le smartphone sur les chantiers

Le dossier avait parallèlement trouvé un relais beaucoup plus visible sur les réseaux sociaux. L’activiste citoyen et porte-parole du parti Ensemble pour le Gabon (EPG), Lionel Giovani Boulingu, avait sillonné la Nyanga, smartphone en main, pour documenter plusieurs investissements publics et montrer des infrastructures à l’arrêt ou inachevées. Une démarche qui avait contribué à déplacer la controverse des chiffres et des explications vers une question autrement plus concrète : qu’est-ce qui a effectivement été réalisé sur le terrain ?

Cette activité avait précédé son interpellation et son placement en garde à vue, le 26 août à Tchibanga. Selon les éléments alors recueillis par GabonReview, l’une de ses vidéos consacrées à un chantier était au cœur de l’affaire ayant conduit à son audition. Libéré le lendemain, Lionel Giovani Boulingui avait annoncé son intention de poursuivre son activité de «contrôle citoyen».

Les entreprises, désormais autour de la table

La convocation collective des attributaires ouvre ainsi une nouvelle étape. Après les explications de Jonathan Ignoumba, l’audit de la Task Force, les constats de terrain et leur exposition publique, ce sont désormais les entreprises chargées d’exécuter les marchés qui sont appelées à Libreville.

La portée exacte du rendez-vous reste néanmoins inconnue. La Vice-présidence du gouvernement ne dit pas que les entreprises sont convoquées pour «rendre des comptes», pas davantage qu’elle annonce des sanctions ou l’ouverture d’une procédure. Il serait donc prématuré de prêter à la rencontre une finalité que le communiqué ne lui attribue pas.

Mais derrière les 21 convocations, une question devient difficile à contourner :sur les 7 milliards de francs CFA engagés pour la Nyanga, quels travaux ont effectivement été exécutés, à quel niveau et conformément à quels engagements ?

Ce jeudi, les dossiers vont donc quitter les chantiers pour arriver sur la table de la Vice-présidence. Reste à savoir ce qu’ils raconteront.

 
GR
 

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