Le Gabon répète depuis des années sa volonté de réduire sa dépendance alimentaire et de développer une agriculture nationale capable de nourrir le pays. Le Projet de loi de finances rectificative 2026, actuellement en examen à la Commission des finances de l’Assemblée nationale, prend pourtant une direction inverse sur ce dossier précis. La mission «Agriculture, élevage et pêche» perd 72,4 milliards de francs CFA, soit 53 % de sa dotation initiale. Dans le même texte, une subvention nouvelle est créée pour soutenir le prix de la farine, un produit que le Gabon importe.

Le texte du PLFR 2026 retire 72,4 milliards à l’agriculture nationale et, fait nouveau, accorde 4 milliards à l’importation de farine. Les deux décisions figurent dans le même budget. © GabonReview

 

Un sac de farine importée. Un champ de manioc laissé en friche faute de moyens. Ce sont les deux images que ce budget rectificatif dessine sans le dire. Pendant que les paysans gabonais verront leurs appuis fondre de moitié, l’État s’apprête à payer une partie de la facture de ce qui arrive par bateau. Le PLFR 2026 ne tranche pas entre produire et importer : il choisit, silencieusement, le second.

Une coupe parmi les plus sévères du texte

Sur les quarante-trois missions budgétaires que compte le PLFR, celle consacrée à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche figure parmi les plus durement frappées. Sa dotation recule de 72,4 milliards de francs CFA, soit une baisse de 53 % par rapport à la loi de finances initiale. C’est l’une des coupes les plus importantes en proportion de tout le texte, dans un secteur qui emploie une part significative de la population active hors des grandes villes et qui conditionne directement l’autosuffisance alimentaire du pays.

Cette coupe intervient alors que le Gabon a multiplié, ces dernières années, les annonces de plans de relance agricole censés réduire sa dépendance aux importations alimentaires, qui représentent une facture annuelle considérable pour le pays.

Une subvention pour ce que le pays ne produit pas

Le même texte crée, dans sa partie consacrée aux dépenses, une subvention nouvelle de 4 milliards de francs CFA destinée à soutenir le prix de la farine. Le Gabon ne dispose pas de filière de production de blé : la farine consommée dans le pays est importée. Une seconde subvention nouvelle, de 2,3 milliards, est créée pour la pêche industrielle, un segment largement distinct de la pêche artisanale et vivrière pratiquée par les communautés côtières gabonaises.

L’addition est simple à faire. Le PLFR retire 72,4 milliards à la production agricole nationale, et accorde 4 milliards à l’importation de farine. Le texte ne traite pas ces deux décisions comme contradictoires. Il les inscrit pourtant côte à côte dans le même budget.

La question que pose ce contraste

Un budget rectificatif sert, par définition, à corriger des trajectoires en cours d’année. Celui-ci corrige les moyens donnés à l’agriculture nationale à la baisse, et les moyens consacrés à un produit importé à la hausse. Pour un pays qui dispose de terres arables abondantes et qui affiche la diversification agricole comme une priorité stratégique depuis plusieurs plans de développement successifs, le choix budgétaire inscrit dans ce texte va à l’encontre du discours qui l’accompagne.

À l’heure où la Commission des finances de l’Assemblée nationale examine l’ensemble du texte, cette ligne mérite d’être posée aux côtés des autres questions soulevées par ce PLFR : un pays peut-il construire sa souveraineté alimentaire en coupant le budget de ceux qui cultivent la terre, tout en subventionnant ce qu’il fait venir de l’étranger ?

 
GR
 

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