En autorisant l’État gabonais à contracter un emprunt de 173 millions d’euros (environ 113,5 milliards de FCFA) auprès de l’Agence Française de Développement, complété d’une subvention européenne de 30 millions (autour de 19,7 milliards de FCFA), le Conseil des ministres du 30 avril 2026 a engagé l’investissement le plus lourd de sa session. Derrière les chiffres, c’est le destin d’une infrastructure vitale, et longtemps négligée, qui se joue.

203 millions d’euros, soit 133,2 milliards de FCFA : l’enveloppe AFD-Union européenne pour la modernisation du Transgabonais est l’investissement le plus lourd du Conseil des ministres du 30 avril 2026. © Illustration IA / GabonReview

 

Le Transgabonais n’est pas un simple chemin de fer. Il est, depuis son inauguration en 1986, la colonne vertébrale logistique d’un pays enclavé dans sa propre forêt : 649 kilomètres de rails reliant Libreville à Franceville, traversant un hinterland difficilement inaccessible par la route, charriots de minerai de manganèse, de grumes, de voyageurs et de marchandises vitales pour des localités entières dont l’accès par réseau routier est parfois pénible. Laisser dépérir cette infrastructure, c’est condamner une partie du territoire national à l’isolement économique structurel.

Un chantier de longue haleine

La convention initiale de concession confiée à la Société d’Exploitation du Transgabonais (SETRAG) remonte au 11 août 2005. Elle a depuis lors subi trois avenants successifs, en 2016, puis deux fois en 2021, témoignant d’ajustements permanents face aux réalités du terrain. L’avenant n°4, signé le 6 mars 2025 et approuvé par le présent Conseil des ministres, s’inscrit dans le cadre du Programme de Modernisation et de Sécurisation (PMS), qui prolonge lui-même le Programme de Remise à Niveau financé par l’AFD depuis 2016. Dix ans de réhabilitation continue indiquant l’ampleur du délabrement accumulé sous des décennies de sous-investissement.

133 milliards et une ambition retrouvée

L’enveloppe globale du programme atteint 203 millions d’euros, soit environ 133,2 milliards de FCFA : 173 millions d’euros en prêt AFD (113,5 milliards de FCFA précisément) auxquels s’ajoutent 30 millions d’euros de subvention de l’Union européenne. La convention de financement avec l’AFD avait été signée dès le 23 novembre 2025 ; le Conseil des ministres du 30 avril n’en a pas moins constitué une étape décisive, celle de l’autorisation formelle d’emprunt sans laquelle aucun décaissement ne peut intervenir. En droit public gabonais, signature et autorisation sont deux actes distincts : le gouvernement négocie et signe d’abord, l’organe délibérant valide ensuite. C’est cette validation, rendue le 30 avril, qui donne désormais au programme sa pleine force exécutoire.

L’enjeu dépasse la seule réfection des rails. Moderniser le Transgabonais, c’est réduire les coûts logistiques du manganèse (première ressource d’exportation du pays, désenclaver les provinces intérieures, alléger la pression sur un réseau routier chroniquement dégradé, et offrir au Gabon une infrastructure digne de ses ambitions de diversification économique. Le chantier, s’il tient ses promesses, pourrait bien être l’un des legs les plus tangibles de l’An 2 d’Oligui Nguema.

 
GR
 

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