Publié par la prestigieuse Brookings Institution, l’un des think tanks les plus influents au monde, un texte du ministre gabonais Mark-Alexandre Doumba prend le contre-pied de la frénésie mondiale autour de l’intelligence artificielle. Sa thèse est simple et dérangeante : pour l’Afrique, le véritable risque n’est pas de rater la révolution de l’IA, mais d’y entrer trop tôt. Un plaidoyer stratégique pour bâtir d’abord les fondations numériques avant de se lancer dans l’automatisation.

À Brookings, Marc-Alexandre Doumba défend une idée à contre-courant : dans la course mondiale à l’IA, la véritable force de l’Afrique pourrait être… la patience stratégique. © GabonReview/ Rawat Yapathanasap / Shutterstock

 

Dans un texte publié le 10 février 2026 par la Brookings Institution (l’un des centres de recherche en politiques publiques les plus influents au monde) le ministre gabonais de l’Économie numérique et de l’Innovation, Marc-Alexandre Doumba, livre une réflexion stratégique sur la place de l’Afrique dans la révolution de l’intelligence artificielle. Intitulée «Why Africa should sequence, not rush into AI» (Pourquoi l’Afrique devrait procéder par étapes plutôt que se précipiter dans l’IA), cette contribution s’inscrit dans le rapport prospectif Foresight Africa 2026 (Perspectives pour l’Afrique 2026), consacré aux trajectoires de développement du continent.

Fondée en 1916 à Washington, la Brookings Institution est une organisation indépendante produisant analyses et recommandations sur les politiques publiques mondiales. Ses travaux sont régulièrement consultés et utilisés comme référence par des gouvernements, des organisations internationales et des universités, ce qui confère à cette tribune une résonance particulière dans le débat global sur l’économie numérique.

Un paradoxe africain face à la révolution de l’IA

Dès l’entame de son texte, le ministre plante un décor volontairement contrasté : «Dans un petit hôpital communautaire du Gabon, le registre des patients est encore tenu à la main. Les infirmières consultent des registres papier, égarant parfois des dossiers entiers.» Cette scène banale illustre le décalage entre la frénésie mondiale autour de l’intelligence artificielle et les réalités structurelles de nombreuses économies africaines.

Pour le ministre-auteur, le danger n’est pas celui que l’on imagine. «Le plus grand risque n’est pas de rater la révolution de l’IA, mais d’y entrer trop tôt», écrit-il. Autrement dit, adopter massivement ces technologies sans disposer des fondations numériques nécessaires pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. Les chiffres cités dans l’article rappellent l’ampleur du défi : le taux de pénétration d’Internet en Afrique n’atteint que 38 %, contre 68 % dans le monde, tandis que le continent représente moins de 1 % de la capacité mondiale des centres de données.

Le risque d’une nouvelle dépendance numérique

Mark-Alexandre Doumba met en garde contre un scénario familier dans l’histoire économique africaine : celui d’une dépendance structurelle. «Sans planification rigoureuse, l’Afrique risque de devenir la mine de données brutes du monde : exportant des informations, important des algorithmes et n’en tirant qu’une infime partie de la valeur.» Le parallèle est explicite : après les ressources minières, ce seraient désormais les données qui alimenteraient un nouveau cycle extractif.

L’article de Doumba propose alors une stratégie de «séquençage» en quatre axes : souveraineté des données, infrastructures publiques numériques, régulation progressive de l’innovation et transformation du statut de retardataire en avantage stratégique. Dans cette logique, l’IA ne doit pas précéder les fondations numériques, mais en être l’aboutissement.

La conclusion résume la philosophie de cette approche : «L’Afrique n’a pas à gagner une course à laquelle elle ne s’est jamais inscrite. Elle doit tracer sa propre voie : se numériser avant d’automatiser, sécuriser les données avant de les exporter, renforcer ses capacités avant d’importer des plateformes

Dans un contexte mondial marqué par la rivalité technologique entre grandes puissances, le jeune ministre gabonais voit dans cette stratégie une question de souveraineté. À ses yeux, «c’est la capacité à séquencer, et non la vitesse, qui constitue le principal atout concurrentiel de l’Afrique» pour transformer les promesses de l’intelligence artificielle en véritable prospérité économique.

L’intégralité de l’article original : «Why Africa should sequence, not rush into AI»

 

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GR
 

1 Commentaire

  1. LePatriote dit :

    Est-ce que tout cela ne relève pas de grands discours fumeux dans un pays où l’ on se bat encore au quotidien pour l’accès à l’eau et à l’électricité ? Même les fondations du numérique dont il parle dont il parle ne peuvent pas prendre au Gabon pour ces deux raisons.

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