À quelques jours de la visite officielle du président Oligui Nguema en France, la défense d’Alain-Claude Bilie-By-Nze est repartie à l’offensive contre la Justice gabonaise. Trois mois après l’incarcération de l’ancien Premier ministre, Me Thierry Nguia, au nom du collectif d’avocats, a dénoncé ce mercredi 15 juillet à Libreville une procédure entachée, selon lui, de graves irrégularités, contestant jusqu’à la base même des poursuites visant le leader d’Ensemble pour le Gabon (EPG). Les faits reprochés à leur client seraient, à en croire ses conseils, prescrits depuis plus de quinze ans. 

Me Thierry Nguia et l’un de ses collègues lors de la déclaration du 15 juillet 2026, à Libreville, relative à l’affaire Bilie-By-Nze. © GabonReview

 

Trois mois après l’incarcération de l’ancien Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, président du parti d’opposition Ensemble pour le Gabon (EPG), son collectif d’avocats est de nouveau monté au créneau. Au cours d’une déclaration, ce mercredi 15 juillet, à Libreville, Me Thierry Nguia a dressé un réquisitoire contre la procédure judiciaire engagée à l’encontre de leur client, qu’il estime entachée de graves irrégularités. Au nom de la défense, il a soutenu que les faits reprochés à l’ancien chef du gouvernement sont prescrits depuis plus de quinze ans et ne présenteraient, selon lui, «aucune caractéristique d’une infraction pénale». Comme lors des autres sorties, et en attendant le déplacement, en France, du chef de l’État, il a remis l’État de droit au cœur du débat.

Des poursuites motivées par ses prises de position publiques ?

Pour cette nouvelle déclaration, l’avocat a également mis en cause la conduite de l’instruction. Pour lui, le dessaisissement du juge d’instruction, alors que des recours contre le mandat de dépôt et le refus de mise en liberté provisoire ont été introduits, porte atteinte aux droits de la défense. Selon Me Thierry Nguia, le fait que le magistrat affirme ne détenir «ni l’original ni la copie du dossier» empêche l’exercice effectif des voies de recours et paralyse la poursuite de l’information judiciaire, le dossier étant pendant devant la Cour de cassation. «Cette manière de procéder viole le droit à un procès équitable et le droit que la cause de notre client soit entendue dans un délai raisonnable», a-t-il fait savoir, relevant que cette situation compromet le bon déroulement de la procédure.

© GabonReview

La défense a réaffirmé, au-delà des questions de procédure, la lecture politique qu’elle fait de cette affaire. Me Thierry Nguia a indiqué que son client considère avoir été interpellé par des agents encagoulés de la Direction générale des recherches (DGR), sans convocation préalable, et soutient que les poursuites seraient motivées par ses prises de position publiques sur plusieurs dossiers nationaux. «Notre client est prisonnier politique […] Il s’agit bel et bien d’un prisonnier politique», a insisté l’avocat qui a, par ailleurs, précisé que le rôle du collectif n’est pas de défendre une opinion politique, mais de prêter leur robe et leur voix à leur client afin de garantir le respect des principes fondamentaux de la justice.

«Derrière ce dossier, il y a un homme, une famille, il y a une souffrance humaine»

Évoquant le prochain déplacement du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France, l’avocat a replacé cette affaire dans une perspective plus large, à savoir celle du respect de l’État de droit. Il a rappelé que son client souhaitait interpeller les autorités à l’occasion de cette visite officielle, en soulignant que la France est, selon lui, «un État qui enquête avant d’emprisonner, qui instruit à charge et à décharge avant de condamner». Insistant sur la dimension humaine du dossier, il a déclaré que «derrière ce dossier, il y a un homme, une famille, il y a une souffrance humaine qui ne peut laisser indifférent un État attaché à la dignité de la personne humaine». Ce qui lui a fait dire que «même privé de liberté, un détenu demeure titulaire de sa dignité». Me Thierry Nguia a enfin appelé les autorités gabonaises et l’ensemble des acteurs judiciaires à garantir «le strict respect de la Constitution, de la Charte des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques». 

«Le droit ne s’arrête pas aux portes de la prison. Même dans la prison, le droit doit continuer d’exister», a-t-il dit, rappelant «le respect des droits de la défense, de la présomption d’innocence et du droit à un procès équitable constitue le fondement de l’État de droit». L’avocat a de ce fait conclu en disant que «Notre démarche n’est pas un appel à la confrontation. Elle est un appel à la justice, au droit et au respect des libertés fondamentales de notre client».

 
GR
 

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