Agropag : Raymond Ndong claque la porte et alerte sur une entreprise «en train de mourir»
Cinq mois après sa nomination à la tête du Conseil d’administration d’Agropag, Raymond Ndong a, dans une interview accordée à WN TV, annoncé qu’il quitte ses fonctions en dénonçant une entreprise « en train de mourir ». Entre blocages internes, décisions ignorées et crise de gouvernance, l’ancien Premier ministre dresse un constat alarmant pour une structure pourtant au cœur de la stratégie de souveraineté alimentaire du Gabon.

Raymond Ndong Sima s’exprimant sur WN TV. © Capture d’écran/GabonReview
Moins de six mois après sa nomination à la tête du Conseil d’administration de la Société agropastorale du Gabon (Agropag), Raymond Ndong claque la porte… et tire à boulets rouges. L’ancien Premier ministre n’a pas mâché ses mots lors d’une interview accordée à WN TV affirmant, « Agropag est en train de mourir ». Officiellement créée lors du Conseil des ministres du 26 février 2026, remplaçant la SAEG, pour réduire la dépendance alimentaire du Gabon et structurer une production agricole nationale ambitieuse, Agropag devait incarner un tournant stratégique. Mais, selon son « désormais ex-PCA? », la machine est grippée dès le sommet.
« En trois mois, nous avons organisé cinq conseils d’administration. Cinq », a-t-il insisté, dénonçant une paralysie inquiétante. Plus grave encore, il affirme que les décisions du Conseil sont purement ignorées. «La totalité des points que le conseil d’administration a retenus est rejetée par le directeur général, qui fait exactement ce que bon lui semble », a-t-il soutenu. Face à ce qu’il décrit comme une gouvernance défaillante, Raymond Ndong dit avoir choisi de se retirer pour ne pas « être l’élément du problème ». Mais au-delà de ce départ, c’est un diagnostic plus large et plus sombre qu’il pose sur le fonctionnement de l’État et de la société gabonaise.
Les autorités prendront-elles la mesure de cette alerte ?
L’ancien chef du gouvernement dénonce, sans sourciller, une dérive du débat public, obsédé par l’âge plutôt que par la compétence. S’il rappelle que l’ONU classe dans la jeunesse les gens jusqu’à 24 ans et l’Union africaine (UA), jusqu’à 34 ans, il note : « Au Gabon, quelqu’un qui a 50 ans, lorsqu’il a affaire à quelqu’un qui a 55 ans, dit : « je suis jeune, vous êtes vieux » ». Il pose à juste titre la question de savoir jusqu’à quand est-on jeune au Gabon, et relève tout aussi, « aujourd’hui, vieux est devenu plus qu’une injure, c’est un handicap ». Il fustige une vision simpliste opposant les générations, au détriment de l’efficacité. Pourtant, dit-il, « la vraie question, c’est où est la compétence ? ».
Dans une métaphore frappante, il compare la gestion du pays à une course de relais : « si un des quatre est défaillant, il fait perdre tout le groupe ». Une manière de souligner que l’exclusion d’une partie des citoyens, en raison de leur âge, fragilise l’ensemble du système. Désabusé, Raymond Ndong (71 ans) conclut sur une note de retrait personnel : « je viens ici au village, je n’emmerde personne. C’est plus simple ». Ce, avant d’ajouter, amer : « Nous n’avons plus qu’à nous suicider, parce que finalement, il n’y a plus de place pour nous ». Un départ plutôt fracassant qui jette une lumière crue sur les tensions internes à Agropag, censée être un pilier de la souveraineté alimentaire du Gabon. À peine lancée, l’institution est déjà confrontée à une crise de gouvernance majeure. Reste à savoir si les autorités prendront la mesure de cette alerte.















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