À la veille de la cérémonie prévue le 16 juillet 2026, le premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, a dévoilé les contours d’une série de réformes destinées à moderniser la juridiction financière. Plan stratégique, code de déontologie, recueil de jurisprudence et plan de formation seront officiellement présentés au public et aux partenaires institutionnels, dans un contexte marqué par les exigences accrues de transparence et de redevabilité portées par la Ve République.

Le premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou. © L’Union

 

Le 16 juillet prochain, la Cour des comptes procédera à la présentation officielle de quatre «publications spécialisées» destinées à structurer son action pour les années à venir et à renforcer son rôle dans l’architecture de gouvernance de la Ve République.

Dans un récent entretien accordé au quotidien L’Union, le premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, a expliqué que cette initiative s’inscrit dans «une dynamique de modernisation, de transparence et de renforcement de la gouvernance» de la juridiction financière.

Les documents concernés sont le Plan stratégique 2026-2030, le Code de déontologie, le Recueil de jurisprudence et le Plan de formation. «Ces quatre documents traduisent une volonté affirmée de doter la Cour des comptes d’outils modernes, cohérents et performants, afin de mieux remplir les missions qui lui sont assignées», a-t-il déclaré.

Une nouvelle feuille de route pour la juridiction financière

Présenté comme la «boussole» de la Cour des comptes pour les cinq prochaines années, le Plan stratégique 2026-2030 fixe les priorités de l’institution dans un environnement marqué par des attentes croissantes en matière de bonne gouvernance et de contrôle des finances publiques.

Le Code de déontologie vise, quant à lui, à consacrer les principes d’intégrité, d’indépendance, de compétence et de professionnalisme qui doivent guider l’action des magistrats et du personnel administratif.

Le Recueil de jurisprudence ambitionne de renforcer la sécurité juridique en réunissant et en diffusant les décisions rendues par la juridiction, tandis que le Plan de formation doit permettre d’adapter les compétences internes aux mutations économiques, financières et aux standards internationaux de contrôle.

Transparence et évaluation de la performance publique

Pour Alex Euv Moutsiangou, l’avènement de la Ve République impose à la Cour des comptes un repositionnement stratégique. Au-delà de son rôle traditionnel de juge des comptes publics, l’institution entend accentuer sa mission de conseil auprès du Parlement et du gouvernement.

«Nous ne nous contentons plus de vérifier la régularité comptable a posteriori ; nous nous inscrivons désormais dans une démarche d’évaluation de la performance publique pour s’assurer que chaque franc CFA investi profite réellement au citoyen», a-t-il affirmé.

Le premier président souligne que les fonctions juridictionnelles et consultatives de la Cour sont complémentaires. Selon lui, les constats issus des contrôles doivent désormais se traduire en recommandations capables d’éclairer les politiques publiques et de renforcer la redevabilité des administrations.

Éviter les «rapports qui finissent dans les tiroirs»

Consciente des critiques récurrentes sur la faible application de ses recommandations, la Cour des comptes dit avoir engagé plusieurs réformes destinées à améliorer le suivi de ses rapports.

Parmi les mesures annoncées figurent la simplification du langage utilisé dans les rapports, une plus grande implication des administrations auditées, la création d’un comité chargé du suivi des recommandations ainsi qu’un renforcement des relations avec le Parlement.

«Un rapport qui finit dans un tiroir est un échec collectif», a reconnu Alex Euv Moutsiangou, assurant que la juridiction travaille désormais à mettre en place «un système d’évaluation managériale des gestionnaires publics».

Si le responsable reconnaît que certains audits ont permis à l’État de réaliser des économies substantielles, il admet toutefois que la Cour ne dispose pas encore d’outils permettant d’évaluer précisément l’impact financier global de ses interventions. «Il n’existe pas de chiffres publics consolidés fiables permettant d’affirmer précisément les économies générées par l’État gabonais sur les deux dernières années», a-t-il indiqué.

Un contrôle renforcé dans les collectivités locales

Alors que le gouvernement affiche sa volonté de relancer la décentralisation, la Cour des comptes entend également renforcer sa présence auprès des collectivités territoriales.

Déjà assurée par les sept chambres provinciales des comptes, cette mission de proximité devrait être consolidée grâce au renforcement des capacités des magistrats déployés dans les provinces.

«La décentralisation doit être synonyme de développement harmonieux et transparent, pas d’opacité périphérique», a insisté le premier président, pour qui les quatre publications qui seront dévoilées le 16 juillet traduisent l’ambition de la juridiction financière d’accompagner les mutations institutionnelles du pays tout en consolidant la culture de la reddition des comptes.

 
GR
 

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