Après Princesse de Souba, le compte Facebook de Bilie-By-Nze disparaît à son tour
Le compte Facebook d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et principal opposant au régime de transition, a été fermé le 15 novembre 2025. L’homme politique, qui diffusait chaque jour le podcast “Tout se Dire”, a dénoncé sur X la décision, intervenue un petit temps après le bannissement de l’activiste Princesse de Souba. Une double fermeture qui, en plein procès de Sylvia Bongo et de son fils Noureddin, alimente le soupçon d’une censure ciblée des voix dissidentes.

Avec la fermeture de son compte Facebook, Bilie-By-Nze découvre que la bataille politique moderne ne se mène plus seulement dans les urnes ou devant les juges, mais aussi sur le champ invisible du contrôle numérique. © GabonReview
La disparition soudaine du compte Facebook d’Alain-Claude Bilie-By-Nze survient alors que le débat public est entièrement concentré sur le procès hautement sensible de Sylvia et Noureddin Bongo devant la Cour criminelle spéciale, un moment de forte tension politique et médiatique. Dans un pays où les institutions officielles contrôlent étroitement les espaces de communication traditionnels, les réseaux sociaux demeuraient l’un des derniers lieux d’expression libre. Le timing interroge : deux suppressions rapprochées, visant deux figures critiques du régime, dans le silence total des autorités comme de Meta.
Démarches engagées auprès de Meta, société mère de Facebook
«Bannir mon compte Facebook n’empêchera pas la vérité d’apparaître pour ce qu’elle est : l’hypocrisie d’un régime qui est la continuité, en pire, des précédents», a réagi Bilie-By-Nze sur X (anciennement Twitter). Sa page comptait plus de 33 000 abonnés et constituait la principale caisse de résonance de son action politique. Nombreux affirment qu’il a perdu tout accès à son compte principal, tandis que seules subsistent des pages anciennes et abandonnées.
Le Parti Ensemble pour le Gabon (EPG) a réagi officiellement à cette fermeture dans un communiqué publié le 14 novembre 2025. Signé par son Secrétaire général, M. Éric-Joël Bekale, le texte dénonce «une atteinte grave à la liberté d’expression de l’opposition» et annonce que des démarches ont été engagées auprès de Meta afin de comprendre les motifs et d’obtenir la réactivation du compte. Le parti y voit «un acte non anodin» visant à réduire au silence une voix critique. Il appelle la communauté nationale et internationale à se mobiliser pour défendre «la transparence, la confrontation d’idées et la préservation des acquis démocratiques». Le communiqué conclut en réaffirmant la nécessité d’une «Commission vérité, justice, réparation et réconciliation».
Deux bannissements en quinze jours : hasard ou stratégie ?
L’homme, arrivé deuxième à la présidentielle d’avril 2025, avait fait de Facebook son média d’opposition, son espace de mobilisation et la plateforme centrale de son émission quotidienne.
La fermeture intervient moins de deux semaines après la disparition du compte de l’activiste “Princesse de Souba”, intervenue juste après la publication d’une vidéo explosive impliquant Ali, Sylvia et Noureddin Bongo, ainsi que des magistrats. Les similitudes sont troublantes : aucune explication technique, aucune justification publique, et un ciblage exclusif de voix radicalement critiques du pouvoir.
Un internaute évoque une «privatisation de la répression de la parole», Facebook devenant selon lui «de facto, bras armé de la police du discours». Avec l’affaire Bilie-By-Nze, le soupçon devient structurel : deux voix essentielles de l’espace public neutralisées en quinze jours.
Ce que Facebook a réduit au silence
“Tout se Dire” était devenu une tribune politique des plus suivies du pays : dénonciation de l’opacité de l’affaire Bongo, accusations d’instrumentalisation de la justice, critique du budget 2026, demandes d’une Commission vérité, justice et réconciliation, alertes sur les «dérives autoritaires» du CTRI et du gouvernement de transition. La fermeture prive l’opposant de son principal instrument de mobilisation au moment où l’affaire Bongo fracture l’opinion.
Sans la moindre explication publique de Meta ni d’un officiel gabonais de la régulation des médias, la question s’impose : la bataille politique au Gabon se joue-t-elle désormais autant devant les juges que dans les serveurs californiens ? Lorsque des algorithmes décident de qui peut parler, le pluralisme n’est plus un principe, mais un privilège révocable.
















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