Arborétum Raponda Walker : un déclassement aux contours flous qui mérite des explications
Le Conseil des ministres du 22 mai 2026 a adopté un projet de décret portant déclassement partiel de l’Arborétum Raponda Walker. Une décision qui, telle qu’elle est présentée dans le communiqué officiel, soulève autant de questions qu’elle n’en résout. Car le texte descriptif associé à ce décret ne parle pas de l’Arborétum, mais du Parc National d’Akanda, une incohérence qui appelle, au minimum, des éclaircissements.

L’Arborétum Raponda Walker, partiellement déclassé par le Conseil des ministres du 22 mai 2026. © D.R.
À la lecture du communiqué final du Conseil des ministres du 22 mai, quelque chose accroche. Le titre d’un décret désigne explicitement l’Arborétum Raponda Walker. Mais le contenu qui suit décrit, lui, la fixation de la zone tampon du Parc National d’Akanda, établie à un kilomètre de largeur terrestre, avec une extension de cinq cents mètres supplémentaires dans les écosystèmes de mangroves. Deux entités distinctes, deux localisations différentes. S’agit-il d’une erreur de rédaction dans le communiqué ou d’un lien fonctionnel entre les deux espaces que le texte n’explicite pas ? Ou d’un déclassement de l’Arborétum destiné précisément à constituer cette zone tampon ? La question mérite une réponse officielle.
Ce flou n’est pas anodin. L’Arborétum Raponda Walker est l’un des rares poumons verts de Libreville, un espace de référence scientifique et patrimonial portant le nom d’une des figures intellectuelles les plus importantes de l’histoire gabonaise. Tout déclassement, même partiel, de cet espace protégé engage une responsabilité particulière.
Akanda sous pression urbaine
La mention de la «configuration semi-urbaine» du Parc National d’Akanda dans le communiqué officiel est en elle-même révélatrice. Elle dit ce que chacun sait : la pression foncière et urbaine ronge progressivement les périphéries de Libreville, et les espaces naturels protégés n’y échappent pas. Fixer une zone tampon d’un kilomètre autour d’Akanda peut s’interpréter comme une mesure de protection, ou comme la reconnaissance d’un recul déjà consommé, auquel on tente désormais de donner un cadre juridique.
Le Parc National d’Akanda abrite des écosystèmes côtiers et de mangroves d’une richesse exceptionnelle, classés zone humide d’importance internationale. Y encadrer les activités humaines est une nécessité. Mais encadrer n’est pas protéger, si le périmètre retenu ne correspond pas aux réalités du terrain et si les moyens de contrôle ne suivent pas.
Ce que ce décret révèle
Au-delà des interrogations sur la cohérence du communiqué, cette décision révèle une tension structurelle dans la politique environnementale gabonaise : entre les engagements internationaux du Gabon en matière de biodiversité, dont le pays tire une part croissante de sa diplomatie, et la gestion quotidienne d’espaces naturels soumis à des pressions foncières, économiques et démographiques croissantes. Le déclassement, même partiel, d’un espace comme l’Arborétum Raponda Walker ne peut être traité comme une mesure technique ordinaire. Il exige transparence, concertation et justification publique.













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