«Ben’Imana» à Cannes : le Gabon au cœur d’une coproduction africaine historique
Un film rwando-gabonais s’impose en Sélection officielle au Festival de Cannes 2026, dans la section Un Certain Regard. Une première qui résonne bien au-delà du seul palmarès.

Avec Ben’Imana à Cannes, l’Afrique, dont le Rwanda et le Gabon, montent au générique… pour de vrai. © GabonReview / Mostafa El Kashef
Il arrive que le cinéma, dans ses heures les plus lumineuses, fasse davantage qu’émouvoir : il démontre. La sélection de Ben’Imana, premier long-métrage de la cinéaste rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, au Festival de Cannes 2026 dans la section Un Certain Regard, est de ceux-là. Une œuvre qui raconte la déchirure rwandaise d’après-génocide (les tribunaux populaires, les survivantes, les cicatrices impossibles) et qui réussit, simultanément, à refonder les règles du jeu de la production cinématographique internationale.

Samantha Biffot et Marie-Clémentine Dusabejambo, en décembre 2025, au Red Sea Souk, le marché du film professionnel organisé pendant le Red Sea International Film Festival, à Djeddah (Arabie saoudite) © imagesfrancophones.org
La productrice gabonaise Samantha Biffot, co-déléguée du film via sa société Princess M Productions, ne cache pas sa sidération. «C’est encore irréel», confie-t-elle dans une déclaration qui porte autant de fierté que de conscience politique. Car derrière l’émotion, il y a un fait structurel rarissime : plus de 80 % du financement de Ben’Imana a été levé par les productrices africaines elles-mêmes,rwandaise et gabonaise, avant tout recours aux compléments européens. Contrôle éditorial, direction artistique, gouvernance du projet : tout est resté en mains africaines.
Rwanda-Gabon : un modèle qui change le récit
C’est précisément cette architecture qui fait de Ben’Imana un signal, pour reprendre le mot de Biffot. Dans la grande majorité des coproductions Nord-Sud, les partenaires européens, mieux dotés en mécanismes de financement, captent structurellement la majorité, et avec elle, les droits, les choix artistiques, le récit final. Ici, la configuration est inversée. Le Rwanda et le Gabon sont majoritaires. «Cela change le récit», dit Samantha Biffot, avec la précision de quelqu’un qui sait exactement ce qu’elle formule.
Pour le Gabon, la portée est double. Sur le plan industriel, Princess M Productions entre au générique d’un film en Sélection officielle à Cannes, renforçant la crédibilité gabonaise auprès des grands fonds internationaux. Sur le plan symbolique, le pays s’affirme comme acteur structurant d’un cinéma africain exigeant, politiquement ambitieux, porté exclusivement par des femmes.
«Le Rwanda et le Gabon, main dans la main. Ce n’est que le début», conclut Samantha Biffot, avec l’élégance sobre de ceux qui savent avoir ouvert une porte. Ben’Imana sera distribué en France par Ad Vitam. Le reste du monde regarde.













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