Campus Mbongi 2026 : une école d’été internationale autour des savoirs endogènes pour réinventer la conservation de la biodiversité
Présentée ce vendredi 24 juillet, à Libreville, l’École d’été «Campus Mbongi : Langues, Savoirs endogènes et Écologie» est une initiative scientifique et culturelle d’envergure au cœur de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Portée conjointement par le réseau Bantouphonie du programme Unitwin-Chaires Unesco et la Commission de la CEEAC, cette rencontre internationale ambitionne de redéfinir les approches de la conservation environnementale à partir des réalités africaines. Pour la Commissaire Nelly Banaken, cet événement constitue «une étape particulièrement importante pour la CEEAC», à la fois scientifique et intégratrice, inscrite dans une vision plus large visant à réconcilier les peuples, les cultures, les États à travers les savoirs.

Le Coordonnateur international du programme, Patrick Mouguiama-Daouda, la Commissaire du département en charge de la Promotion du genre à la CEEAC, Nelly Banaken, et les membres de l’organisation. © GabonReview
La deuxième édition de l’École d’été «Campus Mbongi», sera lancée, ce vendredi 24 juillet, à Libreville, par le réseau Bantouphonie du programme Unitwin-Chaires Unesco «Langues en danger, Savoirs endogènes et Biodiversité (BLSB)» et la CEEAC. Mais avant, l’initiative a été présentée, en matinée, par le coordonnateur international du programme Unitwin-Chaires Unesco, le professeur Patrick Mouguiama-Daouda, et la Commissaire du département en charge de la Promotion du genre à la Commission de la CEEAC, Nelly Banaken. Le programme vise à valoriser les savoirs traditionnels comme outil de préservation de la biodiversité et d’intégration régionale. Il repose sur le concept de «bioculture», qui relie diversité biologique, linguistique et culturelle, et rassemble des acteurs académiques autour de ces enjeux. Et la CEEAC entend en faire une initiative durable, misant sur les sciences et les savoirs pour renforcer la cohésion entre peuples, cultures et États d’Afrique centrale.
Sauvegarder «cette bibliothèque vivante»
À l’école d’été de cette année, plusieurs objectifs ont été définis. Il s’agit d’abord de «faire parler les savoirs d’horizons divers», en favorisant le dialogue entre connaissances traditionnelles et sciences modernes. Le programme entend également «redynamiser et revaloriser le savoir ancestral sur la biodiversité et sur l’environnement», tout en assurant sa transmission aux jeunes générations. Enfin, il vise à décloisonner les disciplines en articulant sciences humaines et sciences de la nature, dans une logique bioculturelle où «la nature et la culture sont liées l’une à l’autre». «L’univers afrocentralien vise à remettre tous ensemble, à réconcilier les peuples, les cultures, à réconcilier également les États. Et ça, c’est l’objectif du travail d’intégration de la CEEAC. On l’a fait par l’éducation, on l’a fait par la culture, on va le faire cette fois-ci par les savoirs, par les sciences», a expliqué la Commissaire Nelly Banaken.
Les domaines abordés reflètent donc cette ambition multiple. La Linguistique, l’anthropologie, l’ethnobiologie, l’écologie et les sciences de l’environnement se croisent dans un programme qui combine enseignements académiques et immersions de terrain. Les participants prendront part à des activités d’éco-anthropologie, allant de l’identification des plantes aux observations des écosystèmes, en passant par l’étude des pratiques traditionnelles de conservation. Pour le professeur Patrick Mouguiama-Daouda, «le dialogue entre les savoirs traditionnels et le savoir moderne occidental ou mondial» constitue le socle de cette initiative, qui entend également sauvegarder «cette bibliothèque vivante» que représentent les détenteurs des savoirs endogènes.
«Redynamiser et revaloriser le savoir ancestral…»

Patrick Mouguiama-Daouda et Nelly Banaken, et les membres de l’organisation. © GabonReview
«L’écologie traditionnelle est une réalité. Et parce que les programmes de politique concernant l’écologie et la biodiversité sont souvent exogènes, nous viennent d’ailleurs, nous avons pensé qu’il était important de nous réapproprier notre histoire. L’histoire de nos ancêtres, qui étaient botanistes, qui étaient zoologues, zoologistes, qui étaient ethnobotanistes, qui étaient tout à la fois médecins traditionnels», a fait savoir le Professeur Mouguiama-Daouda.
L’événement réunit une diversité d’acteurs issus des onze pays membres de la CEEAC et confirme sa dimension régionale. Quarante jeunes chercheurs originaires de cet espace participent à la formation, aux côtés d’une vingtaine d’experts internationaux venus notamment d’Europe, du Brésil et de Guyane. Toute chose permettant d’établir un pont scientifique avec le bassin amazonien, mais aussi avec l’Océanie et l’Australie. Il est donc question, assure le professeur, de «redynamiser et revaloriser le savoir ancestral sur la biodiversité et sur l’environnement pour qu’il se transmette encore plus et de manière définitive».
Démontrer «ce que l’Afrique centrale peut offrir au monde entier en matière de sciences»
Cette convergence des trois grands bassins forestiers mondiaux confère au Campus Mbongi une portée globale. «Mettre ensemble les étudiants et les chercheurs de toute l’Afrique centrale, voire les chercheurs internationaux également», selon Nelly Banaken, vise à démontrer «ce que l’Afrique centrale peut offrir au monde entier en matière de sciences, de savoir et de biodiversité».
Outre la formation, les résultats attendus s’inscrivent dans le long terme. Le Campus Mbongi ambitionne de devenir un outil d’intégration régionale par la mobilité scientifique, à l’image du programme Erasmus en Europe. Il s’agit de former une nouvelle génération de chercheurs capables d’intégrer les savoirs endogènes dans les politiques publiques de conservation et de développement durable. «C’est un événement qui va marquer l’histoire», affirme la Commissaire de la CEEAC. En plaçant la jeunesse au centre de cette dynamique, l’initiative ouvre ainsi la voie à une souveraineté scientifique fondée sur la valorisation des patrimoines culturels et écologiques du Bassin du Congo.















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