Réunis à l’École nationale des eaux et forêts (ENEF) de Libreville dans le cadre de la deuxième édition du Campus Mbongi, les étudiants venus des onze États membres de la CEEAC poursuivent leur immersion dans les savoirs endogènes. Entre ethno-climatologie, ethnobotanique et préservation de la biodiversité, cette école d’été ambitionne de former une nouvelle génération de chercheurs capables de produire des solutions africaines aux défis du continent.

Les étudiants du Campus Mbongi attentifs aux enseignements à l’ENEF, le 29 juillet 2026. © GabonReview

À l’École nationale des eaux et forêts (ENEF) de Libreville, la deuxième édition du Campus Mbongi poursuit sa mission de transmission et de valorisation des savoirs endogènes d’Afrique centrale. Le 29 juillet 2026, les quelque 60 étudiants issus des onze pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), dont 40 en présentiel et 20 en visioconférence, ont suivi une journée riche en enseignements articulée autour de trois communications importantes. Le maître de recherche CAMES, Stéphane William Mehyong, a présenté une réflexion sur «l’ethno-climatologie bantu du Gabon : une histoire de savoirs en mouvement et d’adaptation aux microclimats équatoriaux», le Pr Henri Paul Bourobou est intervenu sur l’ethnobotanique bantu, tandis que Nadège Mezié du Brésil a présenté, en visioconférence, le Centre franco-brésilien pour la préservation de la biodiversité.

Premier intervenant de la journée, Stéphane William Mehyong a démontré que les peuples bantous possédaient une véritable science de l’observation climatique bien avant les contacts avec le monde occidental. Pour le chercheur, cette connaissance est le fruit d’une longue tradition d’observation de la nature et de transmission intergénérationnelle. «Ma communication a démontré que la climatologie n’est pas une notion que les Bantous ont découverte après être entrés en contact avec les Occidentaux. Les Bantous, depuis leur départ du foyer originel des Grassfield-Camerounais, qui est leur zone d’origine, jusqu’à maintenant, ont développé, par l’observation fine du temps, des savoirs qui ont permis de lire le temps», a expliqué le maître de recherche.

Selon lui, les populations bantoues avaient déjà élaboré leur propre lecture des cycles climatiques, en identifiant et en nommant les différentes saisons. «La connaissance de quatre saisons qui gouvernent une année n’a pas été du fait de la colonisation. Ce sont des savoirs que nos ancêtres ont construits par l’observation, et ils ont périodisé le temps, ils ont nommé le temps. Parce que dans toutes les langues des Bantous du Gabon, on désigne les quatre saisons climatiques, sans que ce soit des traductions du français», a-t-il souligné.

Dans sa présentation, Stéphane William Mehyong a insisté sur la nécessité de redonner toute leur place à ces connaissances traditionnelles dans la recherche contemporaine. «Ce sont des mots, ce sont des noms donnés par rapport à la capacité qu’on a pu construire en observant le temps, en sachant le mot qu’il faut pour définir une période du temps par rapport aux variations thermo-pluviométriques. Pour dire que nous avons des savoirs qu’il faut valoriser, et justement, cette école d’été est là pour faire connaître ces savoirs sous toutes leurs dimensions», a-t-il déclaré.

Faire dialoguer les disciplines scientifiques avec les savoirs hérités des ancêtres

Nelly Banaken, commissaire de la CEEAC en charge de la Promotion du genre lors de sa visite et une vue des participants. © GabonReview

Au-delà de cette communication, les étudiants ont également découvert les liens étroits qui existent entre les connaissances traditionnelles, les plantes et la conservation de la biodiversité grâce aux interventions du Pr Henri Paul Bourobou et de Nadège Mezié. Ces échanges illustrent la volonté des organisateurs de faire dialoguer les disciplines scientifiques avec les savoirs hérités des communautés locales.

Les participants, venus de toute la CEEAC, mesurent déjà l’apport de cette formation dans leur parcours académique. Pour l’étudiante Muyisa Kapitula, cette immersion offre une nouvelle manière d’aborder les sciences de l’environnement. «Aujourd’hui, on a pu voir l’étude climatologique, qui consiste en une science qui lie les savoirs culturels, les savoirs traditionnels aussi à l’écologie, à l’environnement. Ça permet de savoir, à travers les savoirs des peuples pygmées, comment ils déterminaient les saisons de pêche et de chasse grâce à la pleine lune. On a pu relier aussi les savoirs culturels à l’environnement», a-t-elle confié.

En visite à l’ENEF pour s’assurer du bon déroulement des activités, Nelly Banaken, commissaire de la CEEAC en charge de la Promotion du genre, a rappelé que l’objectif du Campus Mbongi est de permettre aux étudiants de construire leurs propres références scientifiques à partir des réalités africaines. «Les bases théoriques que la plupart des étudiants ont sont des bases développées par d’autres. Ici, on va leur donner des outils dont ils vont se servir pour faire leur propre recherche, pour faire leur propre collecte de données, développer leur propre cadre théorique et le mettre à la disposition de nos populations et de nos pays. Nous pourrons trouver des solutions endogènes à nos propres problèmes, à partir de nos propres ressources», a-t-elle affirmé.

Enrichir leurs futurs travaux de recherche

Les enseignements ne se limiteront pas aux salles de cours. Les étudiants effectueront prochainement des descentes sur le terrain, notamment au parc national de Pongara, véritable laboratoire à ciel ouvert de la biodiversité gabonaise. Ils y apprendront les techniques de prélèvement, d’observation et d’analyse de la faune et de la flore afin d’enrichir leurs futurs travaux de recherche et de renforcer leurs compétences scientifiques.

Programme phare de la Commission de la CEEAC, organisé avec le réseau Bantouphonie du programme Unitwin-Chaires UNESCO, le Campus Mbongi entend former une génération de jeunes chercheurs afro-centraliens capables de concilier sciences modernes et connaissances ancestrales. En faisant dialoguer cultures, biodiversité et recherche scientifique, cette école d’été ambitionne de faire émerger des solutions innovantes fondées sur les savoirs endogènes, au service du développement durable, de l’intégration régionale et du rayonnement scientifique de la sous-région.

 
GR
 

0 commentaire

Be the first one to leave a comment.

Post a Comment