De Stockholm à Libreville, les réalités diffèrent, mais une même question finit par s’imposer : comment continuer à prospérer sans compromettre l’habitabilité de la planète ? Entre mobilisation climatique en Suède, forêts gabonaises, biodiversité et nouvelles formes d’entrepreneuriat vert, une cause commune se dessine au-delà des frontières. Adrien NKoghe-Mba* défend, ici, l’idée que le Gabon, loin d’être un simple spectateur de cette bataille mondiale, possède les atouts pour en devenir l’un des acteurs, à condition de faire de son patrimoine naturel une source de prospérité autant qu’un bien à préserver.

C’est un fragment d’une seule et même cause, portée par des centaines de millions de personnes sous toutes les latitudes, et qui se résume en une question que personne ne peut éviter : léguerons-nous à ceux qui viendront après nous une planète où il fera encore bon vivre ? © GabonReview

 

Dimanche dernier, pendant que je préparais cette chronique, environ 50 000 personnes marchaient dans les rues de Stockholm. À l’appel de près de 280 organisations, la Suède – pourtant citée depuis des années comme l’élève modèle du climat en Europe – descendait dans la rue à trois semaines de ses élections législatives. Chercheurs, syndicats, associations de jeunesse, communautés religieuses, défenseurs des droits humains : tous marchaient ensemble, pour la même raison. Rappeler à leur gouvernement qu’un objectif inscrit dans une loi ne vaut rien s’il n’est pas tenu.

À près de 6 000 kilomètres de là, à Libreville, nous ne marchions pas ce dimanche-là. Et pourtant, en lisant les mots de Greta Thunberg sur place – son inquiétude au regard de l’accélération du recul de l’habitabilité de notre planète – j’ai eu la certitude que nous parlions, sans le savoir, de la même chose.

Une seule vraie cause

C’est ça, la cause commune. Ce n’est pas une coïncidence de calendrier. C’est la preuve que, quel que soit l’endroit du monde où l’on se trouve, on finit par se heurter à la même question, celle qui dépasse toutes les frontières et tous les régimes politiques : notre planète restera-t-elle habitable ?

À Stockholm, on l’exprime en parlant de trajectoire carbone et de politique énergétique. Ailleurs, on l’exprime en parlant de montée des eaux, de sécheresses, de récoltes perdues, de forêts qui brûlent. Au Gabon, nous l’exprimons à travers nos parcs nationaux, nos forêts, nos littoraux. Les mots changent, les urgences locales changent, mais la question de fond ne change jamais : aurons-nous encore, demain, un endroit vivable où poser nos vies ?

C’est peut-être la plus grande cause de notre siècle, et sans doute la seule qui soit véritablement mondiale. On peut être en désaccord sur presque tout – les frontières, les régimes, les religions, les modèles économiques – mais personne, nulle part, ne peut se soustraire à la question de l’habitabilité de la planète. Elle ne connaît ni passeport ni visa. Elle nous concerne tous, simplement parce que nous respirons tous le même air et dépendons tous des mêmes équilibres.

Ce que le Gabon peut offrir à ce récit

Et c’est là que je crois que le Gabon a une carte à jouer, une carte que peu de pays possèdent. Nous ne sommes pas seulement concernés par cette cause, nous en sommes une part de la solution. Nos forêts absorbent le carbone que d’autres émettent. Nos parcs nationaux abritent une biodiversité dont dépend, que les gens le sachent ou non, l’équilibre climatique de la planète entière. Ce que nous protégeons ici a une portée qui dépasse largement nos frontières.

Si le Gabon s’approprie pleinement ce récit – s’il raconte, avec fierté et avec preuves, comment il entend faire de la préservation de son patrimoine naturel un moteur d’entrepreneuriat et de prospérité plutôt qu’un renoncement – alors il ne parle plus seulement à lui-même. Il entre en résonance avec des centaines de millions de personnes à travers le monde qui, chacune à sa manière, se posent la même question de l’habitabilité de leur avenir. Le jeune de Stockholm qui marche un dimanche d’août, l’agriculteur qui voit sa terre s’assécher ailleurs sur le continent, le parent qui s’inquiète pour ses enfants où qu’il vive : tous peuvent se reconnaître dans une histoire gabonaise, si nous savons la raconter comme ce qu’elle est vraiment – un chapitre d’une histoire commune à l’humanité entière.

Résonance, pas récupération

Je me méfie des raccourcis qui consisteraient à dire que le combat d’un jeune entrepreneur gabonais qui recycle du plastique à Libreville est identique à celui d’un manifestant suédois devant le Parlement de Stockholm. Nos histoires, nos urgences, nos moyens ne se ressemblent pas. Le Gabon n’a pas à s’excuser de vouloir, lui aussi, une croissance – la nôtre reste à construire, quand celle de la Suède est déjà bâtie.

Mais il y a une résonance qui dépasse ces différences. Celle d’une génération qui, partout dans le monde, refuse de choisir entre prospérer et préserver. Celle d’une conviction partagée que garder la planète habitable n’est pas un supplément d’âme, mais la condition de toute prospérité future, ici comme ailleurs.

Alors quand je vois des milliers de Suédois marcher un dimanche d’août, je n’y vois pas un événement lointain qui ne nous concernerait pas. J’y vois un écho. Le rappel que notre cause, ici, au Gabon, n’est pas une cause isolée, une préoccupation de petit pays forestier loin des grandes capitales. C’est un fragment d’une seule et même cause, portée par des centaines de millions de personnes sous toutes les latitudes, et qui se résume en une question que personne ne peut éviter : léguerons-nous à ceux qui viendront après nous une planète où il fera encore bon vivre ?

C’est ça, la cause commune. Et c’est pour cela que, où que l’on se trouve sur cette planète, nos combats se répondent.

À la semaine prochaine.

*Président de l’Institut Léon MBA

 
GR
 

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