Ces jeunes en première ligne pour l’habitabilité de nos territoires
Pendant un mois, une centaine d’adolescents ont préparé leurs discours à l’Institut Léon Mba, ratures et fous rires compris, avant de se lancer dans une simulation de COP. La LCOY 2026 s’ouvre demain à la Baie des Rois, réunissant près de 500 jeunes autour de l’entrepreneuriat vert et de la transformation numérique. Adrien Nkoghe-Mba*, témoin de cette préparation, raconte comment cette jeunesse, déjà debout en première ligne, a bousculé ses certitudes de chroniqueur habitué aux forêts et aux mangroves du Gabon.

Léon Mba en vue de la LCOY 2026. © GabonReview
Demain, à la Baie des Rois, s’ouvre la LCOY 2026 – la Conférence nationale des Jeunes sur le climat, les 30 et 31 juillet.
Près de 500 jeunes sont attendus sur le site. Parmi eux, une centaine se sont méticuleusement préparés tout ce mois de juillet pour la simulation de COP. Le thème de cette cinquième édition résonne comme un programme : « Entrepreneuriat vert et transformation numérique : la jeunesse au cœur de la transition écologique ».
L’Institut Léon Mba n’a plus vraiment été, durant ces semaines, un simple lieu de passage.
Il appartenait à des voix qui montaient dès le petit matin, à des feuilles de position raturées trois fois, à des délégations imaginaires – Tuvalu, Norvège, République Démocratique du Congo – incarnées avec un sérieux qui, je l’avoue, m’a d’abord fait sourire. Des adolescents, dans ces salles que je connaissais pourtant si bien, préparaient leur simulation de COP pour la LCOY. Et moi, chroniqueur habitué à parler des forêts, des tortues marines et des mangroves du Gabon, je me suis retrouvé à parler du Gabon à travers eux.
Je ne m’attendais pas à ce que ce mois me bouleverse autant.
Ce que j’ai vu grandir sous mes yeux
Je les revois, penchés sur une carte du littoral gabonais, en train de débattre – avec une gravité qui n’avait rien d’enfantin – de ce qu’il adviendrait de nos côtes si l’érosion continuait son travail. Je revois cette jeune fille, dix-sept ans à peine, reprendre un camarade parce qu’il avait confondu adaptation et atténuation, avec la même rigueur qu’un négociateur chevronné. Je revois ce garçon timide, silencieux la première semaine, devenir en quinze jours l’un des porte-voix les plus convaincants du groupe, capable de défendre une position climatique avec des arguments que beaucoup d’adultes n’ont jamais pris la peine de construire.
Il y a eu des soirées où ils ont refait leurs discours jusqu’à ce que chaque mot tienne debout, dans les couloirs de l’Institut vidés de leurs bruits habituels. Il y a eu des larmes aussi, quand l’un d’eux a raconté ce qu’il avait vu chez lui, dans son village, avec les récoltes qui ne suivent plus les saisons d’avant. Il y a eu des rires, beaucoup de rires, parce qu’on ne prépare pas une COP simulée dans le silence et la solennité permanente – on la prépare aussi avec de la musique, un repas partagé entre deux répétitions, et des fous rires à propos d’un délégué mal préparé.
Et demain, à la Baie des Rois, je les imagine déjà, alignés derrière leurs pupitres, en train de négocier pour de vrai – enfin, pour de faux, mais avec une conviction bien réelle. Rien qu’à les avoir vus répéter, j’ai compris quelque chose que mes années à chroniquer sur le patrimoine naturel du Gabon ne m’avaient jamais montré aussi clairement : ce ne sont pas nos forêts qui vont se sauver elles-mêmes. Ce sont eux.
Pourquoi nous devons les soutenir, à fond
On parle beaucoup, dans nos colonnes, dans nos discours, de ce que nous devons transmettre à la jeunesse. On parle rarement de ce qu’elle, déjà, nous donne. Cette maturité que j’ai vue grandir dans les salles de l’Institut Léon Mba pendant un mois n’est pas un talent isolé, une exception qu’on pourrait applaudir puis oublier. C’est un signal. Ces jeunes-là sont en première ligne. Pas dans un futur lointain, pas dans une génération à venir : maintenant, déjà, ils portent sur leurs épaules la question la plus vitale qui soit – celle de savoir si nos territoires resteront habitables.
Parce que soyons honnêtes : l’Afrique centrale, notre Gabon, ne sera pas épargnée. Les certitudes d’hier – nos saisons, nos rivages, nos équilibres forestiers – vacillent déjà. Et ce sont ces adolescents, avec leurs pupitres de fortune et leurs soirées à peaufiner un discours, qui se tiennent déjà debout en première ligne, à défendre l’habitabilité de nos territoires quand tant d’adultes préfèrent encore regarder ailleurs.
Alors ce mois passé à leurs côtés m’a laissé une conviction simple, et c’est celle que je veux vous transmettre aujourd’hui : soutenons-les. Pas d’un soutien de façade, pas d’une photo prise à la va-vite lors d’une clôture officielle. Un soutien réel – en leur ouvrant nos institutions comme l’Institut Léon Mba leur a ouvert ses portes, en leur donnant les moyens de porter leurs projets au-delà d’un weekend de conférence, en prenant au sérieux leurs notes de position au lieu de les ranger dans un tiroir après les applaudissements.
Le Green Challenge de cette édition, avec ses jeunes entrepreneurs qui marient écologie et numérique, n’est pas un gadget de communication. C’est la preuve que cette génération n’attend pas qu’on lui dessine l’avenir – elle est déjà en train de le construire, avec les outils qu’elle a en main.
Ce mois se termine, avec un mélange de fierté et de vertige. Fierté d’avoir vu de si près ce dont cette jeunesse est capable. Vertige devant l’ampleur de ce qui les attend.
Mais s’il y a une chose dont je suis sûre, après ces quatre semaines, c’est que le Gabon – et notre planète avec lui – a une chance : ces jeunes-là existent, ils sont déjà en première ligne, et ils sont prêts à défendre l’habitabilité de nos territoires. À nous de ne pas les y laisser seuls.
À la semaine prochaine.
*Président de l’Institut Léon MBA















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