Une pétition rédigée au nom des élèves gabonais met l’école devant sa propre contradiction : elle enseigne la fierté des racines africaines en salle de classe et sanctionne au portail l’attribut le plus visible de cette identité. Personne n’a jamais produit le texte de loi qui fonde cette tonte obligatoire. Elle survit pourtant, recopiée de règlement intérieur en règlement intérieur, au prix de journées de classe que nul ne compte.

Uniforme réglementaire, coiffures diverses : la question que pose la pétition. (Illustration générée par IA) © GabonReview

 

Dans les collèges et lycées du Gabon, les règlements intérieurs imposent toujours le crâne rasé aux garçons et refusent aux filles les tresses réalisées avec leurs propres cheveux. Une pétition adressée au président de la République et à la ministre de l’Éducation nationale, rédigée à la première personne du pluriel au nom des collégiens et lycéens, entend y mettre fin. Elle approche les 3.000 signatures et a déjà suscité plus de 1.400 commentaires, un niveau de réaction rare pour une mobilisation en ligne au Gabon.

Le texte décrit une scène qui se rejoue chaque matin dans des dizaines d’établissements. Des élèves sanctionnés, parfois exclus des salles de classe, souvent «laissés aux portails des écoles de la république», pour de simples questions de longueur de cheveux. Pendant qu’ils concentrent leurs efforts sur les mathématiques, la physique ou l’anglais, précisent-ils.

«Notre intelligence ne réside pas dans nos cheveux»

C’est la phrase qui devrait embarrasser l’institution. Les pétitionnaires rappellent que leur capacité à rédiger une dissertation ou à analyser un document scientifique ne dépend pas de la longueur de leur coiffure, et qu’un élève portant ses cheveux naturels avec soin est aussi concentré et respectueux de l’autorité qu’un camarade au crâne rasé.

Le deuxième argument frappe plus fort encore. L’école enseigne en cours d’histoire l’importance d’être fier de ses racines, alors qu’en son sein même les cheveux crépus sont traités comme s’ils étaient par nature «négligés», «sales» ou «pas présentable». Obliger un adolescent à se raser, écrivent les signataires, envoie «un message contradictoire sur l’acceptation de soi».

Une tonte sans loi, une règle sans texte

La demande, pourtant, ne réclame aucune fantaisie. Afros entretenus, cheveux courts non rasés pour les garçons. Pour les filles, nattes, tresses au fil et locks réalisées avec leurs propres cheveux, «sans ajouts ni mèches artificielles». Le tout assorti d’une condition que les élèves posent eux-mêmes : que ce soit «propre et bien coiffé». Ils ne contestent pas la discipline. Ils contestent qu’on la confonde avec la tonte.

Personne, dans l’administration scolaire, n’a d’ailleurs jamais produit le texte qui fonde cette obligation. Aucune loi. Aucun décret. Aucun arrêté ministériel connu. Rien qu’une coutume recopiée de règlement intérieur en règlement intérieur, transmise de proviseur en proviseur, jamais évaluée, jamais débattue, jamais assumée publiquement.

Sous la pétition, les commentaires enfoncent le clou avec une brutalité que les adultes n’osent pas. Dans certains établissements, les élèves aux cheveux lisses conservent les leurs sans qu’on leur demande quoi que ce soit.

Le portail, ce tribunal du centimètre

Le vrai scandale est peut-être comptable. Combien de journées de classe perdues chaque trimestre, dans un pays où les résultats du baccalauréat nourrissent chaque année les mêmes lamentations officielles ? Aucune direction d’académie ne tient ce registre. On exclut, on renvoie, on ne mesure rien.

Les signataires, eux, refusent le procès en indiscipline avec une netteté remarquable. L’uniforme, ils le portent avec respect. Mais la rigueur scolaire doit former des citoyens responsables et épanouis, et non imposer «un formatage physique qui crée des complexes inutiles» à des adolescents. Leur ambition tient en une ligne : continuer à respecter l’école gabonaise «tout en ayant le droit de nous respecter nous-mêmes».

Une circulaire suffirait. Une seule. C’est précisément ce qui rend le silence du ministère si éloquent.

Le mot de la fin revient aux signataires, et il est difficile à contourner : «laissez-nous étudier la tête haute».

Pour lire la pétition, cliquer ICI.

 
GR
 

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