Alors que les dérèglements climatiques s’intensifient et que les tensions géopolitiques continuent de fragiliser les marchés de l’énergie, le secrétaire général des Nations Unies a lancé, mardi 23 juin à Londres, un appel à accélérer la transition vers les énergies renouvelables. Pour António Guterres, climat et sécurité énergétique relèvent désormais d’un même combat. Un message qui trouve un écho particulier au Gabon, dont le capital environnemental pourrait devenir un véritable levier de souveraineté énergétique et de diversification économique.

Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, le 23 juin 2026, à Londres. © Com. ONU

 

À l’ouverture de la Semaine d’action climatique de Londres, le secrétaire général des Nations Unies a dressé un constat sans détour. Selon António Guterres, la planète est confrontée à deux crises qui, loin d’être distinctes, procèdent d’une même dépendance aux combustibles fossiles : une crise climatique qui s’aggrave à un rythme inédit et une crise énergétique alimentée par les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés des hydrocarbures. Face à cette double menace, il a appelé à une transition « rapide et équitable » vers les énergies propres, accompagnée d’efforts renforcés en matière d’adaptation et de justice climatique. 

«Les combustibles fossiles sont au cœur des deux crises»

Dans son intervention, le chef de l’ONU a estimé que les événements récents confirmaient l’impasse d’un modèle énergétique reposant sur le charbon, le pétrole et le gaz. Selon lui, les catastrophes climatiques deviennent plus fréquentes, plus destructrices et plus coûteuses, tandis que les tensions internationales démontrent combien les économies restent vulnérables dès lors que leur approvisionnement énergétique dépend de marchés qu’elles ne maîtrisent pas.

António Guterres a rappelé que les onze dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées et a averti que le franchissement durable du seuil de 1,5 °C rapprocherait la planète de « points de bascule » susceptibles de provoquer des transformations irréversibles, allant de la montée du niveau des océans à la dégradation d’écosystèmes majeurs. Selon lui, chaque fraction de degré supplémentaire augmente ces risques. 

Pour le responsable onusien, la récente crise énergétique mondiale illustre également les limites d’un modèle de développement fondé sur les hydrocarbures. Il a soutenu que les conséquences économiques des conflits dépassent largement la seule question de l’énergie et se traduisent, pour de nombreux pays en développement, par des crises de la dette, de l’alimentation et du développement. 

Les renouvelables, une réponse économique autant que climatique

À rebours d’une vision qui limiterait les énergies renouvelables à la seule lutte contre le réchauffement climatique, António Guterres a défendu une approche beaucoup plus large. Selon lui, l’énergie solaire, l’éolien ou encore les systèmes de stockage constituent désormais des instruments de sécurité économique et de souveraineté nationale.

Le secrétaire général a notamment fait valoir que, dans la majorité des pays, les nouvelles capacités renouvelables sont devenues les moins coûteuses à produire. Il a également souligné que les investissements mondiaux dans les énergies propres dépassent désormais largement ceux consacrés aux combustibles fossiles, preuve, selon lui, que les marchés eux-mêmes anticipent le basculement du modèle énergétique mondial. 

Pour illustrer cette évolution, António Guterres a lancé une formule appelée à marquer les esprits : « Il n’y a pas d’embargos sur le soleil ni de blocus sur le vent. » Une manière de rappeler que les ressources renouvelables offrent aux États une indépendance que les hydrocarbures ne peuvent garantir. Selon lui, « l’indépendance énergétique ne peut se fonder sur la dépendance aux combustibles fossiles »

Sept priorités pour accélérer la transition

Au-delà du diagnostic, le secrétaire général de l’ONU a présenté une feuille de route articulée autour de sept axes prioritaires. Il a appelé les États à renforcer leurs engagements climatiques afin de maintenir l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C, à réduire rapidement les émissions de méthane, à renoncer au développement de nouvelles infrastructures fossiles et à accélérer les investissements dans les réseaux électriques.

António Guterres a également plaidé pour davantage de transparence sur l’empreinte environnementale des centres de données liés à l’intelligence artificielle, pour une transition juste en faveur des travailleurs et des pays producteurs d’hydrocarbures, pour un renforcement massif des financements destinés aux pays en développement et pour une meilleure protection de la science face aux campagnes de désinformation climatique. Selon lui, ces différents leviers conditionnent le succès de la transition énergétique mondiale. 

Une lecture qui interpelle directement le Gabon

Si le Gabon n’a jamais été cité au cours de cette intervention, les orientations défendues par les Nations Unies trouvent une résonance particulière pour le pays.

Reconnu sur la scène internationale pour la préservation de son couvert forestier et son engagement en faveur de la lutte contre les changements climatiques, le Gabon dispose d’atouts naturels qui dépassent désormais la seule dimension environnementale. Le discours de Londres met en évidence qu’à l’ère de la transition énergétique, ces ressources peuvent également constituer un avantage économique et stratégique.

En filigrane, le plaidoyer d’António Guterres invite les pays riches en capital naturel à transformer cet avantage écologique en moteur de souveraineté énergétique, d’industrialisation et de création de valeur. Pour le Gabon, où la diversification de l’économie demeure un objectif affiché des pouvoirs publics, le développement des énergies renouvelables pourrait ainsi compléter les politiques de conservation en ouvrant de nouvelles perspectives d’investissement, d’innovation et d’emplois.

Une transition devenue un impératif stratégique

Au terme de son intervention, António Guterres a estimé que le monde se trouvait à un moment décisif. Selon lui, la révolution des énergies renouvelables n’est plus une perspective lointaine, mais une dynamique déjà engagée, capable de réduire la dépendance aux hydrocarbures, de renforcer la sécurité énergétique, de soutenir la croissance économique et de créer des millions d’emplois.

Pour le secrétaire général des Nations Unies, la question n’est donc plus de savoir si cette transition aura lieu, mais à quelle vitesse les États choisiront de l’accompagner. « Le moment de la décision est venu. Le moment de la vérité. Le moment à saisir », a-t-il conclu, appelant les gouvernements à ne pas laisser passer cette occasion historique.

 
GR
 

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