Comilog : de quoi Issempedjeno Ngaka est-il le nom ?
À première vue, le choix peut surprendre. Issempedjeno Ngaka vient du pétrole, pas du manganèse. Mais derrière ce passage d’un univers industriel à l’autre se dessine moins une rupture qu’un pari : celui d’un ingénieur devenu patron, rompu aux opérations lourdes, à la discipline des coûts et à la conduite d’actifs complexes. Nommé ce 16 septembre administrateur d’Eramet Comilog, il prendra, le 1er janvier 2027, la succession de Leod Paul Batolo comme administrateur directeur général. Portrait d’un homme encore peu connu du grand public, mais déjà solidement installé dans le paysage industriel gabonais.

Ingénieur de formation et dirigeant aguerri du secteur pétrolier, Issempedjeno Ngaka s’apprête à passer des hydrocarbures au manganèse en prenant la tête d’Eramet Comilog. © gabonmailinfo.com
Issempedjeno Ngaka n’arrive pas à Comilog par le chemin le plus attendu. Il vient du pétrole, des puits, des réservoirs, des plateformes et de cette industrie où la moindre approximation peut coûter très cher. À Moanda, il change de minerai, pas vraiment de monde.
Son parcours professionnel raconte surtout une succession de responsabilités techniques et opérationnelles où parlent les investissements, la production, les coûts, la sécurité et la performance.
Diplômé de l’École polytechnique, Issempedjeno Ngaka totalise plus de vingt ans dans l’industrie pétrolière et gazière. Il commence entre 2006 et 2008 chez Schlumberger, à Macaé, au Brésil, comme ingénieur de terrain spécialisé dans le Logging While Drilling, ces opérations de mesure réalisées au cœur même du forage profond.
Puis vient Shell. D’abord au Gabon, comme ingénieur réservoir, avec pour terrain l’optimisation de la production, le suivi des puits, les réserves et la préparation des campagnes de forage. Ensuite aux Pays-Bas, où il devient ingénieur réservoir senior et travaille notamment sur le redéveloppement de champs matures, la simulation, la récupération assistée et l’économie des projets.
De l’ingénieur au patron
En 2013, il rejoint Maurel & Prom. C’est là que le technicien prend progressivement une autre dimension. Chef ingénieur réservoir, il supervise les travaux concernant cinq champs producteurs du permis d’Omoueyi. Directeur de l’exploitation à partir de 2017, il entre dans le dur de la gestion industrielle : production, maintenance, interventions sur les puits, maîtrise des coûts et sécurité.
Son parcours fait alors apparaître des responsabilités portant sur environ 80 millions de dollars (environ 45,5 milliards de FCFA) de dépenses opérationnelles, une production annuelle moyenne supérieure à 26 000 barils par jour et un objectif de réduction des coûts de 10 %.
Conseiller production et géosciences à Paris, puis directeur général adjoint au Gabon en 2021, il devient directeur général de Maurel & Prom Gabon en septembre 2024. La progression est d’une grande cohérence : comprendre l’actif, le produire, le gérer, puis diriger l’entreprise.
C’est précisément sur ce terrain, à la croisée de la technique et de la décision, que son profil paraît le plus cohérent avec les défis qui attendent Comilog.
Issempedjeno Ngaka n’est pas, à proprement parler, un homme du manganèse. Il n’a pas bâti sa carrière dans la mine. Eramet met plutôt en avant son expérience managériale de terrain, sa vision internationale et sa connaissance d’une industrie pétrolière et gazière soumise à de très fortes exigences de sécurité, de performance et de responsabilité environnementale et sociale. Autrement dit, Comilog ne recrute pas seulement une expertise sectorielle. Elle fait le pari d’un savoir-faire industriel transposable.
Un patron pour l’après-Batolo
Le défi est considérable. Comilog revendique une capacité annuelle de 7 millions de tonnes de manganèse et près de 3 500 emplois directs, notamment à travers la Setrag. L’entreprise constitue l’un des principaux piliers industriels et économiques du Gabon.
Ngaka devra aussi succéder à un cycle. Leod Paul Batolo quittera ses fonctions après 29 années au sein d’Eramet, dont onze à la tête de Comilog comme directeur général adjoint puis administrateur directeur général. Jusqu’au 1er janvier 2027, il reste pleinement aux commandes.
À son successeur, Eramet assigne déjà une feuille de route précise : améliorer la performance opérationnelle et financière, adapter Comilog aux évolutions du marché mondial du manganèse et maintenir un haut niveau de contribution économique, sociale et sociétale au Gabon.
Surtout, Issempedjeno Ngaka devra veiller à la mise en œuvre du protocole signé le 20 juillet 2026 entre Eramet, Comilog et l’État gabonais, destiné à transformer durablement la chaîne de valeur du manganèse dans le pays.
De quoi Issempedjeno Ngaka est-il le nom ? D’un ingénieur devenu dirigeant, assurément. Mais aussi d’une nouvelle génération de managers industriels gabonais, formés aux standards internationaux, passés par le terrain et désormais appelés à piloter des actifs stratégiques.
Le pétrole lui a appris à extraire, optimiser et gérer la rareté. Le manganèse lui demandera davantage : transformer une ressource en puissance industrielle. Et c’est désormais à Moanda que sa véritable mesure sera prise.
















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