Depuis Libreville, l’expert gabonais Louis Léandre Ebobola appelle les pays du bassin du Congo à transformer leurs crédits carbone dormants en financements réels, alors que la COP30 se tient dans un contexte climatique, géopolitique et financier extrêmement tendu. Il plaide pour une refondation profonde des mécanismes internationaux de finance climatique, une reconnaissance accrue du rôle des forêts tropicales et une alliance renforcée entre les grands bassins forestiers mondiaux. Un appel stratégique, au moment où l’Afrique centrale cherche à défendre ses intérêts dans un système qu’elle juge déséquilibré.

Les pays du bassin du Congo doivent rompre avec « l’économie virtuelle du carbone », fondée sur des promesses non tenues, pour capter enfin les financements verts promis depuis dix ans. © D.R.

 

À l’heure où la 30ᵉ Conférence des Parties se tient à Belém, au cœur de l’Amazonie, Louis Léandre Ebobola estime que l’Afrique centrale ne peut plus se satisfaire d’une position périphérique dans les négociations mondiales. Pour lui, les pays du bassin du Congo doivent rompre avec « l’économie virtuelle du carbone », fondée sur des promesses non tenues, pour capter enfin les financements verts promis depuis dix ans. « C’est l’heure pour les pays du bassin du Congo de transformer les promesses en richesses concrètes. Les milliards de crédits carbone qui dorment doivent devenir une finance réelle au service du développement durable africain », insiste-t-il. Alors que les tensions géopolitiques, la montée des conflits et le retrait américain de l’Accord de Paris fragilisent l’élan international, l’expert avertit : « Une COP sans les États-Unis, deuxième pollueur mondial, a très peu de chances d’aboutir à des mesures contraignantes ».

Au cœur de son plaidoyer, la valorisation de la forêt du bassin du Congo, deuxième poumon mondial, qui absorbe chaque année des milliards de tonnes de carbone mais reste largement sous-financée. « La forêt du Congo n’est pas une forêt ordinaire, c’est un trésor planétaire. Elle doit être placée au même niveau que l’Amazonie dans les négociations », affirme-t-il, appelant à une alliance stratégique entre les trois grands bassins tropicaux : Amazonie, Congo et Mékong. Il encourage les États africains à adopter une approche “projet”, mesurable et concrète, plutôt que de demeurer prisonniers d’une spéculation carbone stérile : « Les marchés du carbone ne nourrissent personne tant que l’argent reste virtuel. Nos forêts doivent générer des projets réels de conservation et de développement communautaire ».

Depuis Libreville, l’expert gabonais Louis Léandre Ebobola appelle les pays du bassin du Congo à transformer leurs crédits carbone dormants en financements réels. © D.R.

Louis Léandre Ebobola insiste également sur la justice climatique, dénonçant le retard chronique des financements promis aux pays vulnérables. « Les pipelines de financement sont bouchés. La finance climatique est devenue un mirage pour l’Afrique », déplore-t-il, rappelant que les engagements visant à limiter le réchauffement à 1,5°C « s’éloignent dangereusement ». Il prévient du risque d’un scénario à +3°C en 2050 et +5°C à la fin du siècle, « catastrophique pour les peuples les plus vulnérables ».

Pour lui, la reconnaissance des efforts des pays du Sud passe par l’intégration des peuples autochtones, « gardiens ancestraux des forêts », dans les mécanismes de partage des bénéfices, conformément au protocole de Nagoya : « L’Afrique ne peut plus être spectatrice d’un système qui valorise ses ressources sans rétribuer ceux qui les protègent ».

En conclusion, l’expert gabonais exhorte l’Afrique centrale à défendre une position commune forte à Belém. « Nous ne devons plus attendre que d’autres parlent pour nous. La forêt du Congo est une solution mondiale ; elle doit être reconnue, valorisée et rémunérée », martèle-t-il. Pour Louis Léandre Ebobola, la COP30 ne sera crédible que si elle marque la fin des discours et le début d’une transformation réelle : « Nous avons les forêts, les peuples et la volonté. Il nous faut maintenant la justice climatique et la conversion de nos atouts naturels en leviers économiques pour l’Afrique ». Un appel clair, qui place l’Afrique centrale face à un tournant historique dans la gouvernance climatique mondiale.

 
GR
 

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