Des footballeurs tués par centaines à Gaza. Des supporters africains sommés de payer jusqu’à 15 000 dollars pour un visa. Une équipe iranienne traitée comme suspecte. Un arbitre somalien renvoyé de l’aéroport comme un malfaiteur. Pendant que le monde regarde les buts, le Mondial 2026 cache des dossiers noirs. Et le patron de la Fifa, lui, se tait. Grassement payé pour ça.

Si près, si loin : pour de nombreux supporters africains, le Mondial 2026 s’est arrêté au guichet des visas. © GabonReview (Illustration générée par IA)

 

Le tableau est brillant : 48 équipes, 104 matchs, environ 13 milliards de dollars de revenus attendus. Mais pendant la fête, un gardien de but est mort à Gaza. Saleem Al-Ashqar a été abattu alors qu’il partait, à vélo, chercher du gaz pour sa famille. Avec lui, ce sont 567 footballeurs palestiniens qui auraient été tués depuis octobre 2023, sur plus de 1 000 sportifs, selon la Fédération palestinienne de football. L’équivalent de 25 équipes entières, comme le relève le média Investig’Action, dont une capsule vidéo a inspiré cette chronique.

Parmi les morts, un nom qui parle à tous les amoureux du ballon : Suleiman Al-Obeid, surnommé le «Pelé palestinien». Il a été tué en août 2025 alors qu’il attendait une distribution d’aide humanitaire. Tué aussi, Hani Al-Masdar, entraîneur adjoint de la sélection. Et 265 terrains, gymnases et stades détruits. Qu’a fait la Fifa ? Rien. Aucune sanction contre Israël, alors que des clubs israéliens jouent dans des colonies de Cisjordanie, ce que les règles de la Fifa interdisent noir sur blanc. Des Palestiniens ont fini par porter plainte devant la Cour pénale internationale, en février, contre Infantino lui-même, pour «complicité de crime de guerre».

Africains, payez ou restez chez vous

La Fifa avait promis un tournoi «sûr, accueillant et sans discrimination». La réalité est tout autre. Pour obtenir un visa de tourisme américain, les habitants d’une cinquantaine de pays, africains pour la plupart, devaient déposer une caution de 5 000 à 15 000 dollars. Oui, jusqu’à 9 millions de francs CFA pour aller voir un match. Pendant ce temps, un Européen ou un Japonais entre aux États-Unis pour quelques dizaines d’euros.

Sous la pression, Washington a levé cette caution en mai pour les cinq pays africains qualifiés. Mais trop tard, et avec des conditions : il fallait avoir acheté ses billets avant le 15 avril. Pour les autres Africains, rien n’a changé. Et sur place, certains billets «or» se vendent jusqu’à 5 000 dollars.

L’Iran bloqué, l’arbitre refoulé

L’équipe d’Iran, elle, n’a même pas le droit de dormir aux États-Unis. Installée de force au Mexique, elle entre le matin du match et doit repartir le soir même. Une partie de son staff, dont le président de sa fédération, n’a jamais obtenu de visa. Comment préparer un Mondial dans ces conditions ?

Autre histoire révoltante : celle d’Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain 2025. Il devait être le premier Somalien à arbitrer une Coupe du monde. À son arrivée à Miami, il a été interrogé pendant onze heures, enfermé, puis renvoyé vers Istanbul. Réaction de la Fifa ? Un communiqué froid : elle «n’intervient pas» dans les questions de visas. Pas un mot pour défendre son arbitre.

16 000 dollars par jour pour se taire

Face à toutes ces injustices, Gianni Infantino n’a pas dit un seul mot de travers à Donald Trump. Au contraire : il lui a offert un «Prix de la Paix» inventé pour l’occasion, sans aucun critère connu. Une ONG a d’ailleurs porté plainte devant la commission d’éthique de la Fifa, car ses règles imposent la neutralité politique.

En dix ans, Infantino a multiplié son salaire par quatre : environ 6 millions de dollars par an, soit plus de 16 000 dollars par jour. Chaque jour de silence lui rapporte donc l’équivalent de près de 9 millions de francs CFA. La question, au fond, est simple : combien de temps va-t-il encore falloir accepter que le football, sport le plus populaire et démocratique du monde, serve de décor à l’injustice ?

 
GR
 

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