L’agence de notation Moody’s a annoncé, le 24 juin, la révision de la perspective de crédit du Gabon de «stable» à «négative», tout en maintenant la note souveraine à «Caa2». Cette décision est une inflexion notable dans l’appréciation du risque pays et traduit des inquiétudes croissantes liées à la soutenabilité de la dette publique. L’agence met en avant un environnement financier de plus en plus contraint, caractérisé par des besoins de financement élevés, un accès limité aux marchés internationaux et des incertitudes persistantes quant à l’évolution des engagements financiers de l’État. 

Selon l’Agence, la dette publique pourrait atteindre près de 88 % du PIB à moyen terme, tandis que l’augmentation du coût du service de la dette réduirait davantage les marges de manœuvre du gouvernement (Illustration, centre-ville de Libreville). © GabonReview

 

L’agence de notation américaine, Moody’s, a abaissé, le 24 juin, la perspective de crédit du Gabon de «stable» à «négative», tout en maintenant sa note souveraine à «Caa2». Cette décision s’explique par les inquiétudes liées aux besoins élevés de financement, aux difficultés d’accès aux marchés internationaux et aux risques pesant sur la dette publique. L’agence estime que la pression sur les finances de l’État augmente et alerte sur le risque que d’éventuels réaménagements de dette soient considérés comme des opérations en difficulté pouvant entraîner un défaut de paiement.

La dette publique pourrait atteindre près de 88 % du PIB à moyen terme

Moody’s pointe particulièrement la trajectoire budgétaire du Gabon, confronté à des déficits encore élevés et à des besoins bruts de financement estimés entre 15 % et 20 % du Produit intérieur brut (PIB) au cours des prochaines années. «Nous nous attendons à ce que les déficits budgétaires restent élevés à moyen terme», a indiqué Moody’s, soulignant la persistance des contraintes qui pèsent sur les équilibres publics. Selon l’agence, la dette publique pourrait atteindre près de 88 % du PIB à moyen terme, tandis que l’augmentation du coût du service de la dette réduirait davantage les marges de manœuvre du gouvernement pour financer ses politiques publiques.

Au centre de cette analyse figure également l’audit exhaustif des emprunts publics engagés par les autorités gabonaises. Si cette initiative vise à améliorer la transparence et à établir une image plus précise des engagements financiers de l’État, Moody’s estime qu’elle pourrait aussi dévoiler d’éventuels passifs non déclarés, susceptibles d’aggraver la perception du risque. Les tensions sur la liquidité ont déjà conduit le pays à explorer plusieurs solutions de financement, alors que le coût des emprunts demeure élevé et que la dépendance aux financements alternatifs et régionaux s’accentue. Cette situation renforce les inquiétudes sur la capacité du Gabon à honorer ses engagements futurs, notamment à l’approche des principales échéances obligataires à partir de 2028.

Recul des obligations internationales gabonaises sur le marché secondaire

Malgré ce signal négatif, Moody’s relève plusieurs facteurs susceptibles d’améliorer progressivement la situation. Les appuis financiers obtenus auprès de partenaires internationaux, notamment l’engagement renforcé de la Banque mondiale en faveur du Gabon, ainsi que la perspective d’un éventuel programme avec le Fonds monétaire international (FMI), pourraient contribuer à restaurer la confiance des investisseurs. Toutefois, les marchés ont immédiatement réagi à l’annonce, avec un recul des obligations internationales gabonaises sur le marché secondaire. Pour le pays, la réussite de l’audit de la dette, l’amélioration durable de la gestion budgétaire et la capacité à sécuriser de nouveaux financements apparaissent désormais comme des leviers essentiels pour inverser la tendance et préserver la crédibilité financière de l’État.

 
GR
 

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