Plus de 700 milliards de FCFA de travaux revendiqués dès 2024, des centaines de kilomètres de routes, l’aéroport d’Andem, Libreville 2 : en moins de trois ans, EBOMAF s’est installé au cœur des grands travaux de Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais à mesure que les contrats s’empilent, leur facture consolidée, leurs modalités d’attribution et leur financement restent difficiles à reconstituer. Or l’État reconnaissait lui-même qu’en 2025, 93,25 % des marchés publics en valeur avaient été attribués par entente directe. À ce niveau d’argent public, demander des comptes n’est plus de la suspicion : c’est de l’arithmétique démocratique.

Sur les routes gabonaises, EBOMAF est devenu l’un des principaux bras opérationnels de la politique des grands travaux. Une montée en puissance qui place aussi l’État face à l’exigence de transparence sur les contrats engagés. © ebomaf.com

 

Le chiffre ne vient ni d’un opposant ni d’un média à scandale. Il vient d’EBOMAF. Le 30 août 2024, exactement un an après la chute d’Ali Bongo, le groupe de Mahamadou Bonkoungou annonçait que ses travaux en cours au Gabon représentaient plus de 1,2 milliard de dollars, soit plus de 700 milliards de FCFA. Routes, autoroutes, immobilier : douze mois avaient suffi pour faire du groupe burkinabè l’un des acteurs les plus visibles du nouveau Gabon des chantiers.

Février 2025, visite surprise du président Oligui Nguema sur le chantier du tronçon Ntoum-Cocobeach. © ebomaf.com

Depuis, la pelleteuse n’a manifestement pas ralenti : Ntoum-Cocobeach, Lébamba-Mbigou, Mbigou-Malinga-Molo, Yombi-Mandji-Carrefour Rabi, Carrefour Rabi-Omboué. À ces centaines de kilomètres s’ajoutent le nouvel aéroport international d’Andem et Libreville 2, le projet de ville nouvelle, distinct de l’actuelle Libreville.

Une formidable success-story africaine ? Peut-être. Mais lorsqu’un même groupe se retrouve aussi profondément imbriqué dans les projets emblématiques d’un État, la célébration ne suffit plus. Il faut sortir les contrats.

700 milliards : montrez l’addition

Libreville 2, routes, grands travaux : EBOMAF multiplie les chantiers au Gabon. Dès 2024, le groupe revendiquait plus de 700 milliards de FCFA de travaux en cours. Reste à en établir précisément l’addition. © ebomaf.com

Car voici le paradoxe : EBOMAF peut annoncer «plus de 700 milliards», mais le citoyen gabonais aurait bien du mal à retrouver la facture détaillée correspondant à cette somme. Combien pour chaque route ? Quelle part pour Andem, l’immobilier ou Libreville 2 ? Quels avenants ? Quels financements ? Quelles garanties publiques ?

Sur Ntoum-Cocobeach, au moins, un chiffre est connu. Le 1er juillet 2025, la Présidence annonçait une convention de 100 milliards de FCFA entre l’État, EBOMAF et BGFIBank pour les 83 kilomètres de l’axe. L’enveloppe couvre toutefois également le contrôle et la supervision : elle ne constitue donc pas intégralement une rémunération d’EBOMAF.

Impossible, dès lors, d’additionner mécaniquement les chiffres disponibles pour proclamer un «pactole» de 1 000 milliards : certains projets peuvent déjà être compris dans les 700 milliards annoncés en 2024.

Mais l’impossibilité même de faire proprement l’addition est une information. Comment un portefeuille de cette dimension peut-il être plus facile à chiffrer depuis la communication du prestataire que depuis une présentation consolidée de l’État qui commande et paie ?

93,25 % : l’éléphant dans la salle

Et puis il y a ce chiffre : 93,25 %.

Le 30 mai 2025, le Conseil des ministres constatait que 93,25 % des marchés publics, en valeur, avaient été attribués depuis le début de l’exercice par entente directe. Le gouvernement parlait lui-même d’une «violation manifeste» du Code des marchés publics, qui plafonne normalement cette procédure dérogatoire à 15 %. Cela ne démontre pas que les marchés d’EBOMAF ont tous été attribués de gré à gré. Mais le chiffre interdit désormais la naïveté.

Quand presque toute la commande publique, en valeur, bascule dans une procédure censée rester exceptionnelle et qu’au même moment un opérateur accumule certains des plus grands chantiers du pays, publier les procédures d’attribution de chacun de ses contrats devrait être une évidence.

Lesquels ont fait l’objet d’appels d’offres ? Lesquels d’ententes directes ? Pourquoi ? Ce ne sont pas des insinuations. Ce sont les questions que provoquent les propres chiffres de l’État.

Des milliards aux kilomètres

Reste la comptabilité du bitume. Fin juin 2026, le ministère des Travaux publics qualifiait de «préoccupante» la situation sur Yombi-Mandji-Carrefour Rabi : 2,2 % d’exécution physique alors que 15 % du délai contractuel était consommé. Sur Lébamba-Mbigou, l’avancement atteignait 12,5 %.

Cela ne suffit pas à décréter l’échec des chantiers. Mais lorsque les engagements se comptent en centaines de milliards, le suivi des travaux devrait être aussi visible que leurs cérémonies de lancement. Un marché public ne se juge pas aux pelleteuses alignées devant les caméras, mais à son coût final, à son délai et à l’ouvrage livré.

Le précédent CNNII (Compagnie nationale de navigation intérieure et international) devrait d’ailleurs inciter l’État à la vigilance. EBOMAF avait été associé à la compagnie publique de navigation avant que le partenariat ne prenne fin en août 2025, sur fond de désaccords concernant l’exécution des engagements. L’épisode n’a pourtant pas entamé la coopération dans les grands travaux.

EBOMAF construit, à l’État de rendre les comptes

Faire de cette histoire le procès de Mahamadou Bonkoungou serait viser la mauvaise cible. EBOMAF est une entreprise : elle cherche des marchés, les obtient et les exécute. Le véritable sujet est gabonais. C’est l’État qui choisit, négocie, signe, finance et engage les deniers publics. C’est donc à lui de rendre les comptes.

La question n’est plus de savoir si EBOMAF est devenu important au Gabon. Il l’est. Elle n’est même plus de savoir si les sommes sont considérables. L’entreprise elle-même parlait déjà de plus de 700 milliards en août 2024. L’anomalie est ailleurs : en 2026, il demeure difficile de poser sur une table un document public répondant simplement à quatre questions : quels contrats, pour quels montants, attribués comment et financés par qui ?

Le Gabon a peut-être trouvé avec EBOMAF le constructeur capable d’accélérer son désenclavement. Les ouvrages livrés permettront d’en juger. Mais avant même de savoir où conduiront toutes ces routes, les Gabonais devraient au moins savoir exactement combien elles leur coûtent.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Akoma Mba dit :

    Le vrai problème ici est de voir EBOMAF réaliser tous les projets qui lui ont été attribués.
    Le peuple aimerait tout juste savoir quand vont aboutir tous ces projets, car Akoma Mba imagine que le Gouvernement et EBOMAF se sont entendu sur les délais de livraison.
    C’est cette question qui intéresse le peuple.

    Le gouvernement engage les dépenses et le peuple voit les résultats.
    Perdre du temps à revenir sur les fonds déjà engagés sans que EBOMAF ait failli à sa tâche est perte d’énergie. On juge le maçon au pied du mur. Bonnes Fêtes à Tous!

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