Cette exigence constitutionnelle doit être précisée. La première édition a parfois donné le sentiment de tout mélanger.

Exigence constitutionnelle, le discours sur l’état de la nation est appelé à devenir un rendez-vous majeur de notre vie publique. Il doit donner du sens, hiérarchiser les priorités et faire émerger quelques idées fortes, susceptibles de marquer les esprits. © Communication présidentielle Gabon

 

Sans doute les attentes étaient-elles très fortes. Peut-être trop fortes. Lundi 15 juin, le président de la République a prononcé le discours sur l’état de la nation, devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès. Pour la première fois, il s’est plié à ce rituel républicain consacré par la Constitution du 19 décembre 2024. Au-delà du contenu, on était en droit d’attendre de la solennité, de la gravité et de la hauteur. On a finalement assisté à une séquence hybride, à mi-chemin entre l’exercice institutionnel et le meeting politique. Le premier dérapage est venu des parlementaires eux-mêmes. Applaudissements nourris, éclats de rire, manifestations d’enthousiasme : certains d’entre eux se sont comportés comme s’ils assistaient à un spectacle et pas à un moment de la vie institutionnelle. Pourtant, la tradition dans notre pays est toute autre. Par respect pour les institutions, pour la sérénité des débats et la courtoisie républicaine, elle privilégie l’écoute attentive, la tenue et la retenue. Même si les textes ne l’interdisent pas, les bruyantes démonstrations de soutien ne sont jamais souhaités dans l’hémicycle.

Un moment de rassemblement

Exigence constitutionnelle, le discours sur l’état de la nation est appelé à devenir un rendez-vous majeur de notre vie publique. Une fois l’an, le président de la République devra rendre compte de la situation du pays, exposer les défis et présenter les pistes envisagées pour y faire face. Ce moment ne doit être confondu ni avec le message de vœux à la nation ni avec le discours prononcé durant la Fête nationale. Il relève moins de la communication politique et davantage de la pratique démocratique. D’où l’étonnement et la gêne suscités par certains développements. On peine ainsi à saisir la pertinence de la charge contre Ali Bongo, implicitement présenté comme le «président des maquettes et des présentations visuelles, des New-York forum». On comprend tout aussi difficilement la tirade sur l’état du pays avant le 30 août 2023. S’agissait-il de rappeler d’où nous venons ? Mais, les Gabonais n’ont rien oublié de cette période.

Certains jugent ces rappels nécessaires. On peut en douter. Si on reconnait la portée institutionnelle de cet exercice, l’on ne peut y voir un moment pour solder les comptes du passé. Le discours sur l’état de la nation doit d’abord être un moment de rassemblement. Il doit être une occasion de réaffirmer la séparation des pouvoirs, préciser les priorités législatives de l’année et indiquer un horizon. Ce premier exercice offrait l’opportunité d’éclairer les citoyens sur les transformations institutionnelles en cours. Certes, certains aspects ont été évoqués. Mais des changements majeurs ont été passés sous silence : place et rôle du vice-président du gouvernement, mécanismes de démocratie participative ou encore institutionnalisation des modes traditionnels de règlement des différends. Autant d’éléments appelés à structurer durablement la vie publique.

Fixer un cap

Face aux défis de l’heure, ce discours devait fixer un cap. Le président de la République s’adressait aux parlementaires, et au-delà d’eux, à l’ensemble de la nation.  Au lieu de passer en revue tous les secteurs de l’action publique, n’aurait-il pas été plus porteur de se concentrer sur les enjeux essentiels ? L’Etat de droit, la transparence dans la vie publique, l’élargissement de l’espace civique, la responsabilité des dépositaires de l’autorité publique, la jeunesse, la redistribution de la richesse nationale ou encore les infrastructures structurantes auraient pu constituer le fil rouge de cette adresse. À vouloir tout embrasser, on finit souvent par mal étreindre. Un discours sur l’état de la nation n’a pas vocation à tout aborder. Il doit donner du sens, hiérarchiser les priorités et faire émerger quelques idées fortes, susceptibles de marquer les esprits.

Même aux Etats-Unis, aucun président ne prétend traiter tous les sujets simultanément.  Généralement, le discours repose sur une idée directrice, quelques priorités clairement identifiées et des formules destinées à frapper l’imagination collective. Cette simplicité est gage de persuasion. À vouloir parler de tout, on court toujours le risque de devenir inaudible. Un discours sur l’état de la nation n’est pas un inventaire ni un bilan. Cette première édition a parfois donné le sentiment de tout mélanger. Pour les prochains exercices, il faudra sans doute faire plus simple, plus sobre et plus solennel. Rendez-vous dans un an.

 
GR
 

2 Commentaires

  1. Paul Mikouma dit :

    La forme est protectrice des Libertés.

    Lorsque dans l’hémicycle, les parlementaires se confondent aux ambassadeurs et les membres du Gouvernement à leurs predecesseurs et aux « notables », le ton est donné.

    Nous étions dans un meeting sur l’état de la Nation et l’Assemblée Nationale s’est confondu à un théâtre.

  2. Maganga Octave dit :

    C’était un meeting de campagne à Lebamba

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