À quelques jours de la rentrée, Libreville cumule chantiers routiers, rétrécissements de chaussées et travaux sur plusieurs axes stratégiques. Autour de Jeanne-Ebori, les premières conséquences sont déjà visibles. Les ouvrages promettent une circulation meilleure demain, mais leur réalisation simultanée menace de compliquer sérieusement celle d’aujourd’hui. Deux questions deviennent urgentes : que faire, et qui pilote réellement la circulation de Libreville dans son ensemble ?

À Jeanne-Ebori, les travaux du futur échangeur mettent déjà la circulation à rude épreuve : un avant-goût de ce que Libreville pourrait affronter à la rentrée si les grands chantiers et le trafic ne sont pas mieux coordonnés. © GabonReview

 

À Jeanne-Ebori, l’avertissement est déjà grandeur nature. Depuis le 10 août, la construction du futur échangeur impose un rétrécissement de la chaussée et un plan de déviation. Les perturbations doivent durer jusqu’en février 2027. La Préfecture de police recommande notamment l’itinéraire Feux tricolores-Batterie 4-Maringa et a renforcé la régulation aux intersections sensibles.

Mais Jeanne-Ebori n’est qu’une pièce du puzzle. Le boulevard de la Transition est également en chantier. Ailleurs, plusieurs opérations de voirie, d’élargissement ou d’ouverture de voies sont engagées ou annoncées dans le Grand Libreville. Autant de travaux nécessaires qui, menés simultanément, réduisent les marges de manœuvre d’un réseau déjà fortement sollicité.

En 1976 déjà, à l’approche du sommet de l’OUA, des dispositions avaient été prises pour éviter que les grands chantiers ne bloquent Libreville. Un demi-siècle plus tard, selon un ‘ancien’ connu comme ingénieur-conseil et expert judiciaire auprès de la Cour d’appel de Libreville, spécialisé dans le BTP, le défi est autrement plus pressant, avec une organisation de la circulation qui a peu évolué alors que le parc automobile aurait été multiplié par dix.

La nuit pour construire, le jour pour circuler ?

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Le paradoxe est évident : les chantiers destinés à fluidifier Libreville demain pourraient contribuer à la congestion de la ville aujourd’hui, particulièrement avec la rentrée et le retour simultané des flux scolaires, administratifs et professionnels.

Déjà cité plus haut, le notable gabonais bien connu comme ingénieur-conseil et expert judiciaire mais préférant conserver l’anonymat, tire la sonnette d’alarme. Fort de son expérience de la capitale, il préconise une mesure simple : faire travailler davantage les chantiers la nuit et restituer le maximum de voies à la circulation pendant la journée. «Si on ne veut pas un Libreville bloqué», insiste-t-il.

L’idée mérite d’être prise au sérieux. Une ville déjà congestionnée peut difficilement supporter, aux heures de pointe, engins de chantier, camions de livraison, évacuations de déblais et occupations prolongées de chaussée en même temps que le trafic ordinaire. Sans généraliser le travail nocturne à des opérations techniquement impossibles, dangereuses ou trop bruyantes, terrassements, acheminement des matériaux, évacuation des gravats et interventions nécessitant de neutraliser une voie pourraient être prioritairement programmés aux heures de faible circulation.

L’enjeu serait d’imposer aux entreprises, chantier par chantier, des plages horaires tenant compte non seulement de leurs contraintes techniques, mais aussi de leur impact sur la circulation. Autrement dit : ne plus mesurer uniquement l’avancement des travaux, mais aussi le nombre de voies rendues aux automobilistes chaque matin.

Qui tient le volant ?

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Cette solution immédiate renvoie cependant à une question plus fondamentale : qui, aujourd’hui, pilote réellement la circulation de Libreville dans son ensemble ?

Police, Travaux publics, municipalités, entreprises de BTP et opérateurs de réseaux interviennent chacun dans leur domaine. Des plans locaux de circulation existeraient. Mais la multiplication simultanée des chantiers exige désormais davantage : une vision globale de leurs effets cumulés.

Car un bouchon créé à Jeanne-Ebori peut déplacer des centaines de véhicules vers Batterie IV ; une perturbation sur cet itinéraire peut à son tour saturer une voie censée servir de délestage comme Derrière-la-Prison-UOB. Gérer chaque chantier séparément ne suffit donc plus.

C’est précisément dans cette perspective que le même notable suggère, à l’approche de 2027, de faire intervenir «un expert en circulation urbaine». Sa mission : «étudier les flux actuels et proposer une nouvelle organisation des axes et des sens de circulation permettant de fluidifier la ville, de réduire les embouteillages et de faciliter les déplacements».

Une cellule de crise avant la rentrée ?

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À très court terme, Libreville pourrait surtout avoir besoin d’un véritable poste de commandement de la mobilité : cartographie quotidienne des chantiers, coordination de leurs horaires, travail nocturne partout où il est possible, itinéraires de délestage protégés, stationnements temporairement interdits sur certains corridors, adaptation des feux et information permanente des automobilistes.

À plus long terme, l’expert proposé pourrait remettre à plat les flux, les sens de circulation et les points noirs de la capitale.

Car construire des échangeurs et élargir les routes constitue une partie de la réponse. Encore faut-il empêcher Libreville de se retrouver paralysée pendant qu’on les construit. À quelques jours de la rentrée, c’est peut-être désormais l’urgence.

 
GR
 

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