Vingt-quatre jours derrière les barreaux pour avoir réclamé ce qu’il estimait lui être dû. Dans l’ouvrage «Entreprendre au Gabon sous la brimade institutionnelle», Harold Leckat Igassela ne raconte pas seulement une épreuve : il met en accusation un système où l’entrepreneur qui insiste, le journaliste qui informe et le citoyen qui revendique ses droits peuvent se heurter à une puissance institutionnelle écrasante. Son livre, à paraître le 1er octobre, élargit ce vécu à une réflexion sur l’entreprise, l’information et l’État de droit.

Harold Leckat Igassela et son essai : le récit d’une épreuve transformée en alerte sur le droit d’entreprendre et d’informer au Gabon. © GabonReview (montage)

 

l y a le récit d’un entrepreneur confronté à une facture impayée qu’il réclamait. Il y a surtout ce que cette affaire lui a révélé du fonctionnement des institutions. Dans «Entreprendre au Gabon sous la brimade institutionnelle», Harold Leckat Igassela relate une épreuve personnelle devenue, dit-il, une interrogation sur la liberté d’entreprendre et d’informer au Gabon.

L’essai de 258 pages paraîtra le 1er octobre aux éditions Jets d’Encre. Juriste de formation, journaliste et entrepreneur, le fondateur de Gabon Media Time revient sur un litige commercial ayant conduit à son arrestation, à une garde à vue, puis à vingt-quatre jours de privation de liberté. La note de l’éditeur situe d’emblée le cœur du propos : à Libreville, réclamer le paiement d’un travail accompli peut, dans certaines circonstances, faire passer un entrepreneur du contentieux commercial à la cellule.

Harold Leckat dit avoir longtemps hésité avant d’écrire, estimant que «se taire aurait laissé croire que ce que j’ai vécu n’était qu’un incident individuel. Or, derrière mon histoire, il y a une question plus large. Comment protéger celles et ceux qui entreprennent, informent, emploient et bâtissent ? Ce livre est né de cette conviction : transformer une épreuve personnelle en parole utile», explique le jeune auteur.

Du différend à l’engrenage

C’est donc ce basculement que l’auteur entend raconter. Dans la présentation de l’ouvrage, l’éditeur évoque une administration qui se dérobe, une justice qui inquiète et un environnement où l’information indépendante est exposée aux pressions. Le livre décrit ensuite les prolongements de cette mécanique, jusque dans l’univers carcéral.

Harold Leckat ne limite toutefois pas son propos à son seul cas. Il donne à cette expérience un nom : la «brimade institutionnelle». Par cette expression, il désigne un ensemble de blocages et de pratiques qui fragilisent les entreprises, entravent les initiatives et transforment l’exercice d’un droit en parcours de résistance.

Dans une vidéo annonçant la sortie du livre, il précise sa démarche : «Ce livre n’est ni une plainte, ni un règlement de compte. C’est un témoignage, c’est une alerte.» Il affirme ouvrir une réflexion sur «la liberté d’entreprendre, la liberté d’informer, la justice, l’État de droit», ainsi que sur la relation entre les citoyens et les institutions.

Le droit, la règle et la parole donnée

Les visuels de promotion ne laissent aucune ambiguïté sur la thèse défendue. «Réclamer son droit ne devrait pas conduire à la prison», avance l’auteur. Il soutient aussi qu’«une facture impayée n’est pas une violation» et que le droit pénal ne devrait intervenir qu’en présence d’une infraction distincte. Relevant de son analyse, ces affirmations structurent le plaidoyer de l’essai.

La couverture du livre illustre cette idée : une silhouette y pousse un rocher, en référence au mythe de Sisyphe. Dans le récit grec, Sisyphe est condamné à hisser sans fin un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, avant de le voir retomber. Harold Leckat Igassela reprend cette image pour traduire, selon lui, la condition de l’entrepreneur confronté à des démarches qui s’éternisent, à des engagements non tenus ou à des obstacles administratifs imprévisibles : chaque avancée peut sembler provisoire, chaque solution appeler une nouvelle difficulté. Mais la figure de Sisyphe ne renvoie pas seulement à l’épuisement. Elle dit aussi l’obstination de ceux qui continuent de créer, d’employer et d’investir malgré un environnement qu’ils jugent hostile.

«Entreprendre au Gabon ne devrait pas être une épreuve de survie. Cela devrait être un droit garanti par la République», plaide-t-il. Le livre se place ainsi à l’intersection du témoignage et de l’essai civique. Il pose une question de fond :  comment garantir, dans un État de droit, que la justice protège la règle plutôt que le rapport de force, et que l’information demeure à la fois un droit, un devoir et une exigence républicaine ?

 
GR
 

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