Fortescue à Belinga et Kobé-Kobé : qui est le géant australien qui parie sur le fer gabonais ?
Il a bâti l’un des plus grands empires miniers du monde à partir d’un désert australien, avec pour seuls atouts une conviction hors norme et une capacité à convaincre là où d’autres avaient renoncé. Aujourd’hui, Andrew «Twiggy» Forrest pose ses machines à Belinga, au cœur de la forêt gabonaise. Qui est vraiment cet homme, et que vaut son groupe Fortescue ? Portrait d’un colosse venu du bout du monde.

La brindille devenue colosse, Andrew «Twiggy» Forrest, milliardaire australien, fondateur de Fortescue et de la Minderoo Foundation : l’homme qui veut transformer la forêt gabonaise en l’une des plus grandes mines de fer du monde. © GabonReview (montage)
Il est peu connu à Libreville. Son nom ne figure dans aucun grand récit de l’économie gabonaise jusqu’à il y a peu. Pourtant, depuis que le gisement de fer de Belinga lui a été confié, Andrew «Twiggy» Forrest et son groupe Fortescue sont devenus des acteurs centraux de l’ambition industrielle du Gabon. Ce qu’on sait vraiment de colosse venu du désert australien. Pour la petite histoire, «Twiggy» (brindille en anglais) est le surnom d’enfance d’un gamin maigrichon de l’outback, l’hinterland désertique et semi-aride du continent australien, que personne n’aurait parié voir un jour peser des milliards.
Du Pilbara à Belinga : une trajectoire hors norme

En janvier 2026, le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, a échangé avec le Dr Andrew Forrest, Fondateur et Président Exécutif du Groupe Fortescue. © D.R.
En 2003, Andrew Forrest a fondé Fortescue dans l’État d’Australie-Occidentale. Le pari était audacieux : s’attaquer au fer du désert de Pilbara, territoire alors dominé par BHP et Rio Tinto, avec une poignée de collaborateurs et une conviction chevillée au corps. Vingt ans plus tard, Fortescue expédie près de 200 millions de tonnes de minerai de fer par an depuis la région de Pilbara, pour un chiffre d’affaires de 15,5 milliards de dollars sur l’exercice 2024-2025. Le groupe est aujourd’hui l’un des plus grands producteurs mondiaux de minerai de fer, avec un EBITDA dépassant 59 % de ses revenus, un niveau de rentabilité rare dans l’industrie lourde.
Andrew Forrest cultive à la perfection l’image du milliardaire excentrique, philanthrope et humaniste, défenseur acharné du climat, sans trouver de contradiction à puiser sa fortune dans l’industrie minière. À travers la Minderoo Foundation, la plus grande fondation philanthropique d’Australie, il a pris l’engagement de donner l’essentiel de sa fortune au cours de sa vie, finançant la lutte contre l’esclavage moderne, la pollution plastique et le changement climatique. Sur le front industriel, Fortescue s’est fixé l’objectif d’éliminer tout usage de combustibles fossiles dans ses opérations australiennes d’ici 2030, sans compensation carbone, par électrification réelle de sa flotte.
Une présence gabonaise déjà bien enracinée
Fortescue n’est pas arrivé à Kobé-Kobé par hasard. Le groupe australien travaille le dossier gabonais depuis plusieurs années. Le 13 décembre 2025, Andrew Forrest s’est rendu en personne au Palais présidentiel de Libreville pour présenter au président Oligui Nguema les activités de son groupe, fort de vingt ans d’expérience dans la réalisation de grandes infrastructures, notamment Port Hedland, le plus grand terminal de vrac au monde.
À Belinga, Fortescue opère via la joint-venture Ivindo Iron, avec l’objectif déclaré de développer une mine capable de rivaliser, à terme, avec le projet Simandou en Guinée. Les premières expéditions de minerai gabonais sont déjà engagées.
Ce que Fortescue apporte à Belinga, c’est donc plus qu’un opérateur minier : c’est un modèle intégré, éprouvé, mine-rail-port, que le groupe a déjà construit pour lui-même en Australie et qu’il est désormais invité à reproduire, pour le compte du Gabon.















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