Fondateur d’Interface Consulting, Yohann Eméryc Moussadji Nzamba annonce son retrait de l’intermédiation d’affaires internationales. Ce, après treize années consacrées à la diplomatie économique et à la mise en relation d’acteurs gabonais et internationaux. Il a dit vouloir tourner la page de l’action directe sur le terrain pour se consacrer exclusivement au conseil stratégique et à la formation. Une décision professionnelle qui traduit aussi, selon lui, les difficultés persistantes à transformer les opportunités identifiées en investissements effectivement réalisés au Gabon. Et ce retrait d’un pionnier dévoile inéluctablement les limites de l’intermédiation d’affaires dans le pays.

Fondateur d’Interface Consulting, Yohann Eméryc Moussadji Nzamba veut tourner la page de l’intermédiation pour se consacrer au conseil stratégique et à la formation. © D.R.

 

Après treize années consacrées à la diplomatie économique et à la mise en relation d’acteurs gabonais avec des investisseurs internationaux, Yohann Eméryc Moussadji Nzamba se retire de l’intermédiation d’affaires internationales. Fondateur d’Interface Consulting, l’entrepreneur avait engagé cette démarche dès août 2013, avec un premier contact avec le Conseil turc des relations économiques extérieures (DEIK), à Istanbul. Depuis, son parcours l’a conduit dans plusieurs grandes places économiques, notamment Washington, Dubaï, Moscou, Hong Kong, Paris, New Delhi, Nairobi, Johannesburg, Dakar et Casablanca, au gré de rencontres avec des entreprises, institutions et organisations telles que la Banque mondiale, le Rwanda Development Board, des Chambres de commerce africaines et européennes ou encore des organisations patronales.

Une intermédiation d’affaires encore insuffisamment structurée

Derrière ce retrait se trouve toutefois un constat plus personnel et plus critique. Malgré les réseaux constitués, les déplacements, les négociations et les initiatives engagées au fil des années, Moussadji Nzamba affirme avoir été confronté à des difficultés persistantes pour faire aboutir ses propres projets d’investissement. «Je me rends compte que mes propres projets n’aboutissent pas», a-t-expliqué. Une situation qui l’amène à questionner plus largement l’environnement dans lequel évoluent les initiatives privées au Gabon.

À ses yeux, le problème ne réside pas uniquement dans la capacité à identifier des investisseurs, mais dans la possibilité de transformer les opportunités et les mises en relation en projets effectivement concrétisés. Ce constat rejoint, dans son analyse, une problématique plus ancienne : celle d’une intermédiation d’affaires encore insuffisamment structurée et dont les compétences privées gagneraient à être mieux articulées avec les dispositifs institutionnels de promotion de l’investissement.

Cette réflexion l’avait notamment conduit à créer Interface Consulting en 2020, puis à se rapprocher, en 2022, du cabinet Globe pour contribuer à la constitution d’un collectif d’intermédiaires. La démarche avait débouché sur la signature d’un protocole d’accord et le dépôt des statuts d’une ONG au ministère de l’Intérieur. Il défend désormais l’idée de créer un Ordre national des experts en intermédiation d’affaires internationales, destiné à professionnaliser une activité couvrant la recherche d’investisseurs, la mise en relation, la négociation et le suivi de partenariats transfrontaliers.

Passer du rôle d’intermédiaire chargé de rechercher et rapprocher les partenaires à celui de conseiller et de formateur

Dans cette perspective, il plaide également pour une meilleure complémentarité entre expertise privée et action publique, notamment autour de l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI), afin de «fédérer les compétences privées autour de l’ANPI» et d’élargir les canaux de prospection de la destination Gabon.

Loin de signifier un désengagement du développement économique national, ce retrait marque ainsi un changement de positionnement. Après avoir passé plus d’une décennie à prospecter, voyager et créer des passerelles entre le Gabon et les marchés internationaux, Yohann Moussadji Nzamba entend désormais se consacrer exclusivement au conseil et à la formation, en capitalisant sur son expérience des réseaux économiques, de la prospection internationale et de l’accompagnement des entrepreneurs.

«La graine est semée, l’expérience est acquise», a-t-il déclaré, comme pour signifier que la phase de terrain laisse désormais place à celle de la transmission. Son retrait est en même temps une déception face aux difficultés de concrétisation rencontrées et un redéploiement stratégique. Il est désormais donc question de passer du rôle d’intermédiaire chargé de rechercher et rapprocher les partenaires à celui de conseiller et de formateur, tout en maintenant son plaidoyer pour une profession mieux organisée et davantage intégrée à l’écosystème national de promotion des investissements.

 
GR
 

0 commentaire

Be the first one to leave a comment.

Post a Comment