Initialement attendu pour permettre au Gabon de rejoindre le cercle des exportateurs africains de gaz naturel liquéfié (GNL), le projet de Cap Lopez accuse désormais un retard qui pourrait repousser ses premières exportations à 2027. Alors que le marché mondial offre actuellement des conditions favorables aux producteurs de GNL, ce décalage risque de réduire l’avantage commercial attendu pour le pays, à l’heure où de nouvelles capacités concurrentes doivent entrer en service.

Le projet de GNL de Cap Lopez ambitionne de diversifier les revenus issus des hydrocarbures et faire du gaz naturel un nouveau levier d’exportation pour le Gabon (photo d’illustration). © D.R.

 

Le projet de GNL de Cap Lopez ne devrait finalement pas tenir le calendrier initialement annoncé. La conversion, à Dubaï, de l’ancien méthanier LNG Bayelsa en unité flottante de stockage (FSU) se poursuit encore, repoussant la mise en place de l’ensemble de la chaîne nécessaire à la production, au stockage et à l’exportation du gaz gabonais.

Cette infrastructure constitue pourtant une pièce centrale du projet porté par Perenco. Elle doit permettre de stocker le GNL produit avant son chargement sur des méthaniers. Sans cette unité opérationnelle, le dispositif demeure incomplet et l’entrée effective du Gabon sur le marché international du GNL ne peut se faire dans les délais initialement envisagés.

Le projet prévoit une capacité d’environ 700 000 tonnes de GNL par an, pour un investissement supérieur à un milliard de dollars. Son ambition est notamment de diversifier les revenus issus des hydrocarbures et de faire du gaz naturel un nouveau levier d’exportation pour le pays.

Une fenêtre de marché qui risque de se refermer

Le principal enjeu du retard est désormais commercial. Le marché mondial du GNL traverse actuellement une période qui peut être favorable à un nouvel exportateur comme le Gabon. Les perturbations géopolitiques au Moyen-Orient ont notamment contribué à réduire l’offre disponible, tandis que les tensions sur certains approvisionnements ont soutenu les prix.

En Asie, le prix spot du GNL a ainsi atteint environ 17,5 dollars par million de British thermal units (MBtu) au deuxième trimestre, en progression de 45 %. Dans le même temps, les cargaisons du Qatar et des Émirats arabes unis ont reculé de quelque 35 milliards de mètres cubes entre mars et juin sur un an.

Pour Libreville, cette conjoncture constitue une opportunité. Une entrée rapide sur le marché aurait permis au Gabon de valoriser ses premières cargaisons dans un environnement marqué par une offre relativement contrainte et des prix élevés.

Le décalage du calendrier pourrait toutefois changer la donne. Le marché mondial du GNL devrait accueillir de nouvelles capacités de liquéfaction en Amérique du Nord, en Afrique et en Australie. L’arrivée simultanée de ces volumes pourrait progressivement détendre l’offre et exercer une pression sur les prix.

Le Gabon face au risque d’un marché plus concurrentiel

Le problème n’est donc pas uniquement celui d’un retard industriel. Il touche directement la capacité du Gabon à tirer le meilleur rendement de sa nouvelle ressource gazière.

En entrant plus tardivement sur le marché, le pays pourrait devoir affronter une concurrence plus importante et des prix moins rémunérateurs. La capacité de 700 000 tonnes par an prévue à Cap Lopez restera certes significative pour le Gabon, mais son poids commercial dépendra largement des conditions du marché au moment des premières exportations.

Le retard impose ainsi une double exigence : achever rapidement les infrastructures nécessaires et sécuriser, en parallèle, les débouchés commerciaux du futur GNL gabonais.

Pour le pays, l’enjeu dépasse la seule réussite du projet Cap Lopez. Il s’agit de transformer le gaz naturel en une véritable source de diversification des recettes d’exportation, dans une économie encore fortement dépendante du pétrole. Plus le Gabon tardera à se positionner, plus il risque de devoir conquérir sa place dans un marché international où les nouveaux producteurs seront plus nombreux et la compétition plus intense.

 

 
GR
 

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