Grève des enseignants : Le soupçon ou l’éthique
Le gouvernement a raison d’évoquer des contraintes budgétaires, de rappeler la nécessité de préserver le «lien éducatif avec nos enfants» ou d’appeler à des «solutions constructives». Mais, il ne peut convaincre s’il tolère des pratiques douteuses.

Si elle entend contribuer à une refonte du système éducatif et inscrire son action dans le long terme, la commission dirigée par Hermann Immongault doit s’imposer des règles claires : transparence, tolérance et responsabilité. © GabonRerview (capture d’écran)
Malgré une tentative de désamorçage et des appels à la reprise des cours, les enseignants poursuivent leur grève. Le jeudi 15 janvier courant, écoles, collèges et lycées sont restés portes closes sur l’ensemble du territoire. Si des querelles d’égo ont éclaté, si des lignes se sont frottées, SOS Education n’en demeure pas moins soudé. Mieux, il bénéficie du soutien d’une large frange de l’opinion. Parents d’élèves, responsables politiques, citoyens lambda expriment leur compréhension, parfois leur adhésion. «Des solutions doivent être apportées pour que la sérénité revienne dans la maison Éducation», plaide Roosevelt Menda de la Coordination des associations des parents d’élèves du Gabon (Capeg). «Je demande aux jeunes de ne pas céder à l’argument de restrictions budgétaires qui leur est opposé», renchérit l’ancien député Jean-Valentin Léyama. Le message est clair : la cause est jugée légitime.
Exaspération
Pour la première fois depuis la chute d’Ali Bongo, le pouvoir fait face à un mouvement social d’ampleur nationale. Pour la première fois depuis l’élection de Brice-Clotaire Oligui Nguéma, l’exécutif est confronté à une contestation largement suivie, dans un secteur à la fois stratégique et sensible. Les revendications sont connues : régularisation des situations administratives, paiement des rappels de solde, ouverture de nouveaux postes budgétaires… Rien ne nouveau, à première vue. Mais derrière se cache une colère plus sourde et plus politique : le sentiment d’un traitement inéquitable. À bas bruit, les enseignants dénoncent une hiérarchisation des priorités au profit des forces de défense et de sécurité (FDS). S’étant ancrée au fil des jours, cette impression a viré à la certitude au gré des décisions. «Gabon : pays où il vaut mieux être militaire qu’enseignant», écrit l’un d’eux sur son compte Facebook. La formule peut choquer. Elle n’en est pas moins révélatrice d’une exaspération.
Le gouvernement évoque des contraintes budgétaires. Il rappelle la nécessité de préserver le «lien éducatif avec nos enfants». Il appelle à des «solutions constructives». Sur le principe, il a raison. Mais, comment convaincre quand, dans le même temps, on procède à la revalorisation du traitement salariale des officiers généraux ? Comment laisser croire au caractère prioritaire de l’école quand, année après année, on procède à des recrutements dans les FDS ? Or, de notoriété publique, le pays souffre d’un manque criant d’enseignants, particulièrement dans le pré-primaire, le primaire et le secondaire, la pénurie étant très marquée dans les matières scientifiques. Certains parlent d’un déficit de 1200 pour les seules mathématiques. Dans un tel contexte, il faut commencer par rétablir la confiance. Cela suppose, certes, des négociations tripartites associant gouvernement, syndicats et parents d’élèves. Mais cela exige de la méthode : jouer cartes sur table, reconnaître les erreurs passées, identifier les responsabilités. Et, le cas échéant, inviter les auteurs de ce marasme à en tirer les conséquences.
Transparence, tolérance et responsabilité
Les négociations en cours relèvent de la nécessité. C’est une évidence. Elles sont un pas dans la bonne direction et doivent être encouragées. Mais, elles ne peuvent réussir si elles sont entachées par le soupçon et des pratiques douteuses. Pourquoi payer le taxi à certains négociateurs ? Pour leur permettre de se déplacer et s’assurer de leur présence ? Ou pour s’acheter leur complaisance ? Personne n’est dupe. Et l’histoire est là pour le rappeler : depuis 1991, tant de concertations ont été polluées par de sordides histoires d’argent. Moralement et pénalement condamnables, ayant empêché un traitement en profondeur des questions, ayant plongé l’école gabonaise dans un trou noir, ces méthodes ne peuvent plus être tolérées. Avec fermeté, elles doivent être combattues.
La réponse à la crise actuelle ne peut être uniquement technocratique. Elle doit être politique, au sens noble du terme. Dans l’immédiat, des mesures doivent être prises, certes. Mais il faut aussi répondre aux récriminations sous-jacentes. Il faut traiter les frustrations accumulées au fil du temps. Là réside l’intérêt d’une exigence éthique et morale. Si elle espère faire bouger les lignes, si elle entend contribuer à une refonte du système éducatif, si elle veut inscrire son action dans le long terme, la commission dirigée par Hermann Immongault doit s’imposer des règles claires : transparence, tolérance et responsabilité. Ça pourrait agacer, déranger, susciter des résistances. Mais il en va de l’essentiel. Pour nos enfants, pour notre école et pour le Gabon de demain, c’est un impératif.














3 Commentaires
Le Président croit qu’en soudoyant les militaires il va échapper à un coup d’état mais il oublie que quand le peuple vit dans la misère dans un pays riche de détourneurs de fonds publics, un coup d’état en appelle un autre
Donc Monsieur le Président, « ce que je dis, je fais », appliquez-le de grâce.
Ça traine trop surtout en ce que sont les choses élémentaires dont tout peuple a besoin. Eau, Electicité, Education Santé et Routes.
Une agriculture sans routes Impossible!
Je crois que l’on fausse le débat quand on oppose des franges du même peuple, en disant : eux, ils ont ceci, et pourquoi pas nous. Je crois que l’on fausse encore plus le débat quand on prend les derniers actes pris en oubliant que les plaintes des uns sont aussi les plaintes des autres. Malheureusement, en opposant les avoirs des uns par les manques des autres, nous faisons fausse route. Car si aujourd’hui ceux vers qui on pointe le doigt avaient le droit de grève, est-on sûrs qu’ils seraient si calmes ? Et leur grève à eux donnerait ce que l’on a vu en Côte d’Ivoire avec les mutineries de militaires, et ce serait l’anarchie.
Nous sommes dans un pays où nous devons célébrer des avancées obtenues par une profession, car nous savons tous les manques vécus par ces serviteurs de la Nation. Les opposer est pernicieux, car demain, lorsque ceux qui nous soignent pointeront les avancées obtenues par l’éducation par rapport à leurs situations non résolues, que dira-t-on ? Nos enseignants et les autres corporations du public ont obtenu de haute lutte les avancées et avantages au long de notre histoire. Les forces de défense attendent qu’un chef plus soucieux de leur situation administrative et autres leur ouvre et leur donne des avantages.
Nous sommes un peuple, nous ne nous fragmentons pas nous-mêmes. Il serait injuste que les enseignants, par exemple, aient leur faim étanchée quand les autres ont faim ; il faut que toutes ces corporations (toutes dépendantes les unes des autres, n’en déplaise aux volontés de hiérarchisation) progressent toutes ensemble, c’est cela l’équité.
@Rhody Junior. Vous croyez masques votre kounabelisme par une rhetorique d’emprunt. C’est en créant le schisme entre les généraux et les officiers pire encore les hommes de rang qu’on évite les mutineries ? On vous a dit qu’il n’y a que les généraux dans l’armée ? Ou vous croyez que les généraux vont distribuer aux autres ?