Le Gabon a-t-il vraiment besoin d’un nouveau plan pour sa jeunesse Pas selon le cabinet AILA. Dans une note stratégique publiée ce 30 juillet, il soutient que le pays ne manque ni d’études, ni de stratégies, mais d’une capacité à les exécuter. Après avoir disséqué les raisons de l’échec des six cadres successifs élaborés depuis 1990, le cabinet propose sept réformes hiérarchisées pour faire de l’exécution, et non plus de la planification, le véritable moteur de la politique jeunesse.

Des jeunes candidats à l’emploi, à Libreville. Le taux de chômage des jeunes atteignait 35,7 % en février 2025, selon le ministère du Travail. (Illustration générée par IA) ©GabonReview

 

Le cabinet de conseil stratégique AILA a dévoilé, ce 30 juillet, une note intitulée «Jeunesse gabonaise : l’art de planifier sans exécuter», dans laquelle il dresse un constat sévère de l’action publique en faveur des jeunes. Son diagnostic est sans équivoque : le Gabon ne souffrirait pas d’un déficit de stratégies, mais d’une incapacité chronique à transformer ses plans en résultats concrets.

Pour étayer cette analyse, AILA s’appuie sur plusieurs indicateurs préoccupants. Le chômage des jeunes atteignait 35,7 % en février 2025 selon le ministère du Travail. Dans le même temps, 7 209 étudiants ont été menacés d’exclusion pour défaut de paiement de leurs bourses, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi âgés de 16 à 35 ans a progressé de 279 % en une décennie. Autant de signaux qui, selon le cabinet, traduisent moins une absence de vision qu’une défaillance persistante dans l’exécution des politiques publiques.

Au-delà de ces chiffres, la note décrit une crise multidimensionnelle. Emploi, formation, universités, bourses, logement étudiant, santé mentale, gouvernance, mais aussi dimension culturelle et récit national : neuf champs d’intervention sont identifiés comme autant de symptômes d’un même dysfonctionnement. Depuis 1990, souligne AILA, six cadres stratégiques consacrés à la jeunesse se sont succédé sans produire les effets attendus, faute de gouvernance unifiée, de culture du résultat et de pilotage politique durable.

Sept réformes organisées par ordre de priorité

Plutôt que de plaider pour un nouveau plan, AILA propose un enchaînement de sept réformes hiérarchisées, dont la mise en œuvre est pensée selon un calendrier progressif.

La première étape consiste à élaborer, dans un délai de six mois, une feuille de route exécutable, budgétisée et soumise à un suivi parlementaire. Elle serait suivie d’un audit des structures chargées de l’emploi, d’une rationalisation de leur gouvernance, de l’apurement des arriérés de bourses – évalués à 83 milliards de FCFA – ainsi que d’une réforme de l’orientation post-baccalauréat.

Les mesures les plus ambitieuses n’interviendraient qu’après cette première phase. AILA préconise notamment la création d’une Allocation Tremplin, fixée à 120 000 FCFA par mois pendant dix-huit mois pour 5 000 à 10 000 jeunes en transition vers l’emploi, pour un coût annuel estimé entre 7,2 et 14,4 milliards de FCFA. Le cabinet recommande également la mise en place d’un Hub Jeunes Gabon, présenté comme une structure intégrée, co-construite avec les jeunes et dotée d’une gouvernance paritaire, dont le fonctionnement représenterait entre 3 et 5 milliards de FCFA par an. Ces deux dispositifs restent toutefois conditionnés à la réussite des réformes institutionnelles préalables.

Le PNCD, une occasion à ne pas manquer

La réflexion d’AILA s’inscrit dans la perspective du Plan national de convergence pour le développement (PNCD) 2026-2030, appelé à devenir le septième cadre stratégique consacré à la jeunesse depuis l’indépendance. Pour le cabinet, cette nouvelle séquence peut constituer un véritable tournant, mais uniquement si trois conditions sont réunies : une enveloppe budgétaire sanctuarisée et non fongible, une gouvernance unifiée assortie d’une obligation de résultats et un contrôle parlementaire annuel débouchant sur un rapport public. À défaut, prévient-il, le PNCD risque de reproduire les limites de ses prédécesseurs.

«Le Gabon n’a pas un problème de vision pour sa jeunesse. Il a un problème d’exécution. Cette note ne demande pas un septième plan : elle demande que l’on tienne, enfin, l’un de ceux qui existent déjà», résume Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, président d’AILA.

Présentée comme une première contribution à un travail de suivi des transformations engagées au Gabon, cette publication s’accompagne d’une note stratégique de 36 pages et d’une synthèse exécutive de quatre pages, mises à la disposition des décideurs, des partenaires et des médias intéressés.a

 
GR
 

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