Karpowership : pourquoi le Gabon veut sortir du contrat à 1,8 milliard par mois
1,8 milliard de francs CFA déboursés chaque mois pour une capacité contractuelle de 150 MW, mais une production réelle qui ne dépasserait plus aujourd’hui 80 à 90 MW. Publiés par Jeune Afrique, ces chiffres relancent les interrogations autour du contrat liant le Gabon au fournisseur turc Karpowership, l’un des plus coûteux et des plus controversés de ces dernières années. L’enquête révèle que Libreville négocie désormais une sortie anticipée du partenariat ainsi qu’une révision de ses conditions financières.

Une installation de Karpowership. © Facebook Kapowership GA
Deux ans après avoir fait appel aux centrales électriques flottantes de Karpowership pour contenir les délestages dans le Grand Libreville, le Gabon chercherait désormais à réduire sa dépendance à l’opérateur turc. C’est la principale révélation d’une enquête publiée par Jeune Afrique, selon laquelle le gouvernement négocie un avenant visant à ramener l’échéance du contrat de 2029 à 2027, tout en obtenant une baisse du coût de la prestation.
Cette éventuelle renégociation intervient alors que le contrat, conclu dans un contexte d’urgence, n’a jamais cessé de susciter interrogations et controverses. Pour Jeune Afrique, les autorités souhaitent désormais préparer l’après-Karpowership en accélérant le développement de nouvelles capacités nationales de production.
Une facture devenue difficile à défendre
Selon le média panafricain, Karpowership fournit une capacité pouvant atteindre 150 MW au Grand Libreville pour un coût de 1,8 milliard de francs CFA par mois, soit plus de 21 milliards de francs CFA par an. Or, toujours d’après Jeune Afrique, la production effectivement injectée dans le réseau oscillerait aujourd’hui entre 80 et 90 MW, un niveau insuffisant pour mettre fin aux délestages.
Le média cite un haut responsable gabonais proche du dossier, selon lequel «le recours à Karpowership n’a jamais été conçu comme une solution pérenne». Il ajoute que «face à l’urgence énergétique, les autorités ont dû parer au plus pressé en faisant appel aux navires producteurs d’électricité», précisant que le passage du fioul lourd au gaz a permis de réduire une partie des coûts de production.
Le gouvernement cherche également à renégocier le prix du kilowattheure. Les discussions seraient suivies de près par le président Brice Clotaire Oligui Nguema et le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye.
Aucune issue n’est toutefois acquise. Le magazine précise que Karpowership n’avait pas répondu à ses sollicitations au moment de la publication de son enquête.
Reprendre la main sur la production nationale
Au-delà du contrat lui-même, cette renégociation traduirait une évolution plus profonde de la politique énergétique gabonaise. L’objectif serait désormais de remplacer progressivement une solution d’urgence par des infrastructures nationales plus durables.
Cette stratégie repose notamment sur plusieurs projets majeurs : la centrale thermique à gaz d’Owendo (220 MW), la centrale hydroélectrique de Kinguélé (35 MW) ainsi que le futur barrage de 400 MW développé avec EDF et Gabon Power Company, dont le protocole d’engagement a été signé lors de la récente visite du président de la République en France.
En parallèle, le gouvernement poursuit la réorganisation du secteur avec la séparation des activités de l’eau et de l’électricité, jusqu’ici réunies au sein de la SEEG. La future Gabonaise des Eaux, appuyée par Suez, sera chargée du secteur hydraulique, tandis qu’Électricité du Gabon assurera la production, le transport et la distribution de l’électricité.
Un changement de cap
Jeune Afrique souligne que cette renégociation «ne marque pas une rupture totale» avec Karpowership. Le Gabon pourrait encore faire appel aux centrales flottantes «dans les zones où les besoins sont les plus critiques».
Reste que le signal politique est fort. Après avoir privilégié une réponse d’urgence pour limiter les coupures, l’exécutif semble désormais vouloir reconstruire sa souveraineté énergétique autour d’investissements pérennes. La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité du pays à livrer, dans les délais annoncés, les centrales et barrages destinés à prendre le relais des solutions provisoires.















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.