De Libreville aux marches du Met Gala, Kevin Hella Lanoy s’est taillé une place dans cet univers où l’on fabrique les images autant que les vêtements. Styliste de Guillaume Diop, collaborateur de Yseult, publié par Vogue, GQ, Numéro ou CR Fashion Book, le Gabonais installé à Paris figure désormais parmi les jeunes créatifs repérés par le British Fashion Council. Portrait d’un homme encore étonnamment peu connu dans son pays, mais dont la signature circule déjà dans les hautes sphères de la mode.

Kevin Lanoy, une signature gabonaise qui se fait une place dans le grand jeu de la mode internationale. © D.R.

 

Il y a des Gabonais qui s’exportent sous les projecteurs. Kevin Hella Lanoy, lui, a choisi de travailler juste derrière. Là où une silhouette se construit, où un vêtement cesse d’être seulement un vêtement pour raconter celui qui le porte.

Lors d’un essayage, Kevin Lanoy (à gauche) et l’une de ses créations porté par un mannequin : derrière l’image finale, le styliste travaille la silhouette jusque dans ses moindres détails. © D.R.

Le 5 mai 2025, lorsque Guillaume Diop gravit les marches du Met Gala à New York dans un spectaculaire ensemble Valentino inspiré du boubou sénégalais et du ballet, les photographes mitraillent le danseur étoile. Dans l’ombre de cette image mondiale se trouve un styliste gabonais : Kevin Lanoy. Brut Afrique lui consacre alors un reportage dans les préparatifs de l’événement.

De Libreville à Paris

Lanoy est arrivé dans la mode presque par accident. Originaire de Libreville, où il a grandi, il part en France pour ses études. En 2018, devant un défilé Off-White, une invitation providentielle le conduit en coulisses. Il y croise Virgil Abloh. Le choc est suffisamment puissant pour transformer une fascination en métier. Il devient ensuite assistant du styliste Edem Dossou et construit progressivement son propre langage.

Son terrain de jeu s’élargit vite : clips, éditoriaux, campagnes, tapis rouges. Il travaille avec Yseult, puis voit son nom apparaître dans Vogue, GQ, Numéro ou CR Fashion Book. Une esthétique se dessine : silhouettes structurées, matières travaillées, goût du monochrome et volonté de raconter une histoire plutôt que d’empiler les griffes. «Je suis plus dans les formes que dans les couleurs», confiait-il en 2025 au magazine Technikart.

Celui qui raconte avec des vêtements

Avec Guillaume Diop, qu’il accompagne depuis plusieurs années, cette méthode atteint une autre dimension. Pour le Met Gala 2025, Lanoy puise dans des photographies sénégalaises, les boubous de la grand-mère du danseur, l’histoire du Djolof et les codes du ballet. France, Sénégal, Italie, danse classique : tout doit tenir dans une seule silhouette.

Le compagnonnage continue. En 2026, Diop apparaît encore au Met Gala en Valentino, stylé par Kevin Lanoy. Son portfolio aligne aussi Alex Consani en Schiaparelli à Cannes ou Adèle Castillon en Miu Miu.

La reconnaissance institutionnelle a suivi : le British Fashion Council l’a retenu parmi ses New Wave: Creatives 2025, sélection de 50 jeunes talents internationaux.

De Libreville à Paris, puis jusqu’au Met Gala, Kevin Lanoy s’est donc inventé une place singulière : il n’est pas celui que l’on regarde. Il est de ceux qui décident, discrètement, de ce que le monde regardera.

 
GR
 

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