Le coup de Ntoum : Randy Noël Ekwaghe, dernier rempart du PDG dans l’Estuaire, claque la porte
Un militantisme de longue date, deux mandats de Conseiller municipal, un Comité Central, un Conseil National, et une victoire électorale que personne n’attendait lors des élections locales de 2025, faisant du 1er arrondissement de Ntoum le seul bastion PDG de l’Estuaire. Randy Noël Ekwaghe Obame avait tout donné au Parti démocratique gabonais (PDG). Le 6 juin 2026, il en a officiellement démissionné, pour adhérer dans la foulée à l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB). Un acte solennel, consommé devant la presse, qui referme plus de trois décennies d’un militantisme assumé jusqu’à ses derniers retranchements.

Randy Noël Ekwaghe Obame brandissant sa lettre de démission du PDG, lors de sa conférence de presse à Ntoum, le 6 juin 2026. © D.R.
Le geste est rare dans sa forme et lourd dans sa signification. Convoquant la presse à Ntoum le 6 juin dernier, Randy Noël Ekwaghe Obame a lu une allocution de démission, remis simultanément une lettre formelle à la Secrétaire générale du PDG, avec copies au gouverneur de l’Estuaire et à la Maire de Ntoum, avant de signer, dans le même élan, sa fiche d’adhésion à l’UDB. Tout, dans ce protocole minutieusement orchestré, témoigne d’une décision mûrement réfléchie, non d’un coup de colère.

Randy Ekwaghe (costume-cravate) entouré de ses nouveaux compagnons de l’UDB, dont son parrain Léandre Nzue (4è à partir de la droite), devant le siège local de l’UDB à Ntoum, le 6 juin 2026. Une nouvelle famille politique. © D.R.
L’homme qui franchit ce pas n’est pas un militant ordinaire. Depuis le début des années 1990, il a gravi un à un tous les échelons de l’appareil PDG : «colleur d’affiches» ou militant simplement listé, Responsable UJPDG, Président de Comité, Délégué administratif, Secrétaire de Section, Délégué fédéral, jusqu’au poste de Secrétaire communal qu’il occupait encore la veille. Membre du Comité Central et du Conseil National du PDG, il avait également accompli deux mandats de Conseiller municipal de Ntoum.
Un parcours marqué par Casimir Oye Mba
Pour lever toute équivoque, Randy Noël Ekwaghe Obame a tenu à préciser, à GabonReview, sa relation avec Casimir Oye Mba, l’ancien Premier ministre d’Omar Bongo Ondimba. Oye Mba n’est pas son père biologique, son père étant feu Samuel Ntoutoume Ekouaghe, mais son cousin paternel. «Chez les Fang, le frère du père est ton père», explique-t-il, justifiant ainsi la référence affective et filiale qu’il lui accorde. Sur le plan politique, c’est précisément Casimir Oye Mba qui l’avait convaincu d’adhérer au PDG, alors qu’il militait auparavant dans l’opposition, au sein du Rassemblement National des Bûcherons (RNB) du Père Paul Mba Abessolo.
Ce détour biographique éclaire la suite. Lorsqu’en 2009, suite aux mic-macs ayant suivi la mort d’Omar Bongo, Oye Mba décide à de quitter le PDG, Randy choisit de rester, au prix de tensions dans son entourage. Dix-sept ans plus tard, il franchit à son tour le pas, en des termes qui évoquent explicitement ce souvenir : «En 2009, lorsque mon père Casimir Oye Mba décide de quitter le PDG, et alors que tout le monde me voyait le suivre, je suis resté fidèle et loyal au PDG. Ça m’a valu des inimitiés dans ma famille.»
La prouesse de 2025 n’a pas suffi
L’autre dimension de cet acte tient à son contexte électoral immédiat. Lors des élections locales d’octobre 2025, Ekwaghe Obame avait conduit la liste PDG du 1er arrondissement de Ntoum à une victoire que nul n’attendait : 9 conseillers élus sur 23, devant l’UDB (7 élus), l’UPR (4) et l’UN (3). Le 1er arrondissement de Ntoum était ainsi devenu la seule circonscription de la province de l’Estuaire où le PDG était arrivé en tête en nombre d’élus locaux, dans un scrutin qui avait vu le parti de l’ancien régime s’effondrer partout ailleurs.
Cette performance, loin de le retenir, n’a manifestement pas dissipé ce qu’il appelle lui-même «un vrai malaise qui couvait». En démissionnant en cours de mandat, renonçant ainsi à son siège de Conseiller municipal, il signifie que les raisons de partir pesaient plus lourd que le mandat arraché de haute lutte.
Vers l’UDB
Dans son allocution, Randy Noël Ekwaghe Obame dit avoir «mesuré le bien-fondé de la politique menée» depuis le «Coup de la libération» d’août 2023, et avoir estimé que l’UDB répondait «le mieux aux aspirations du peuple gabonais». Sa fiche d’adhésion, signée à Ntoum le 6 juin 2026 et contresignée par Brice Clotaire Oligui Nguema en qualité de président fondateur du parti, officialise son entrée dans la formation présidentielle.
Il a salué, lors de sa conférence de presse, la présence de plusieurs figures de l’UDB, notamment le Délégué d’arrondissement Paul Marie Ovone Ndong, le Commissaire politique Eric Aboghe Nze, et tout particulièrement son parrain Léandre Nzue, ainsi que le Notable et Compagnon Rémy Ossele Ndong, dont il souligne que la présence «donne du sens à cette cérémonie».
Le choix n’est pas sans conséquence immédiate. En quittant le PDG en cours de mandat, Ekwaghe Obame perd de facto son siège de Conseiller municipal de Ntoum, qu’il détenait au titre de cette formation politique. C’est le prix, assumé, d’une reconversion politique qu’il présente non comme une rupture, mais comme une mise en cohérence avec les réalités du Gabon d’aujourd’hui.
Fort d’un réseau militant solidement ancré dans le 1er arrondissement de Ntoum et d’une expérience organique rare, il aborde cette nouvelle étape avec des atouts que l’UDB, en phase de structuration territoriale, ne manquera pas de valoriser. Les prochaines échéances électorales diront si cet homme, qui a su tenir un bastion contre vents et marées, est capable de rebâtir, sous d’autres couleurs, ce qu’il a mis trois décennies à construire.













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