Relancé le 4 juin 2026 après huit ans d’inactivité, le Haut Conseil pour l’Investissement est une institution méconnue du grand public. Pourtant, c’est dans ce cadre que se négocient les réformes censées transformer le climat des affaires au Gabon. Décryptage de sa mécanique.

Le HCI en séance plénière, le 4 juin 2026. Autour de la table, l’administration et le secteur privé face à face pour négocier les réformes que le Gabon attend depuis huit ans. Le dialogue a repris. Reste à savoir s’il produira cette fois des résultats durables. © D.R.

 

Le sigle HCI est revenu dans l’actualité le 4 juin 2026 avec la reprise de ses travaux au Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie, après huit ans d’inactivité. Ghislain Moandza Mboma, directeur général de l’Agence nationale de promotion des investissements du Gabon (ANPI-Gabon), et secrétaire permanent du Haut Conseil pour l’Investissement, a posé les termes avec la précision de celui qui pilote la mécanique de l’intérieur. Le HCI, a-t-il expliqué, est une «structure qui vise à travailler sur les questions d’amélioration du climat des affaires du cadre de l’investissement dans le cadre d’un dialogue public-privé, c’est-à-dire entre le secteur privé et l’administration». L’objectif final : amener le gouvernement à «adopter une feuille de route de réforme», la valider en Conseil des ministres, puis «travailler conjointement avec le secteur privé pour mieux faire les affaires au Gabon».

Ghislain Moandza Mboma, directeur général de l’ANPI-Gabon et secrétaire permanent du HCI, lors de la présentation de la mécanique du Haut Conseil pour l’Investissement au Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie, le 4 juin 2026. © D.R.

Il reste que rares sont ceux qui savent précisément ce que fait cette instance, comment elle est organisée, et pourquoi elle a été créée. L’ambition est claire, l’architecture précise, la méthode structurée. Il reste à en comprendre les rouages.

Une instance née d’un constat d’échec

Le HCI a été institué par le décret n°072/PR/MPIIHAT du 25 février 2014, puis révisé par le décret n°00281/PR/MPIPCTI du 28 décembre 2018. À l’origine de sa création, un diagnostic simple : les investisseurs, gabonais comme étrangers, se heurtaient à une multiplicité d’obstacles administratifs, fiscaux et juridiques que ni un ministère seul, ni le secteur privé seul, ne pouvaient résoudre. Il fallait donc une structure de dialogue structuré entre l’État et les entreprises : ce que les spécialistes appellent le «dialogue public-privé».

Sa mission est quadruple : promouvoir et assainir l’environnement des affaires ; résorber les difficultés multiformes liées à l’investissement ; définir les axes prioritaires des politiques d’investissement ; et favoriser la mobilisation des capitaux intérieurs et extérieurs.

Une architecture à quatre étages

L’originalité du HCI tient à sa conception pyramidale, qui implique simultanément le sommet de l’État et les acteurs économiques de terrain.

Au premier étage, la session présidentielle : c’est le Président de la République lui-même qui préside cet organe d’orientation et donne les grandes lignes en matière d’investissement et de compétitivité. Ce positionnement au plus haut niveau n’est pas anodin. Il signale que les réformes issues du dialogue public-privé bénéficient d’un portage politique direct.

Au deuxième étage, le Conseil interministériel, présidé par le Vice-Président du. Son rôle : fixer et suivre la feuille de route des réformes, et rendre compte au président du HCI tous les six mois. C’est l’organe de mise en œuvre stratégique.

Au troisième étage, le Comité de suivi, placé sous l’autorité du ministre en charge de la Promotion des Investissements. Il maintient le dialogue au quotidien et assure le suivi opérationnel des chantiers en cours.

À la base, le Secrétariat Permanent, logé à l’ANPI-Gabon, constitue le moteur permanent du dispositif. C’est lui qui organise le dialogue, prépare les sessions, collecte les données, et assure l’interface administrative entre toutes les parties. Il s’appuie sur des cellules spécialisées : des groupes thématiques réunissant à la fois des représentants d’administrations publiques et des acteurs du secteur privé, qui instruisent les réformes avant de les soumettre au gouvernement.

Cinq chantiers prioritaires

Les travaux du HCI s’organisent autour de cinq axes de réforme. Le premier porte sur le renforcement de l’accompagnement des investisseurs : simplification des procédures, interlocuteurs identifiés, délais tenus. Le deuxième vise à améliorer le cadre juridique et réglementaire de l’investissement. Le troisième s’attaque à la formation professionnelle et à l’emploi, reconnus comme des goulots d’étranglement pour les entreprises. Le quatrième concerne la compétitivité des filières productives. Le cinquième, peut-être le plus sensible, traite de la fiscalité et de la parafiscalité, autrement dit, du poids des prélèvements obligatoires sur l’activité économique.

Des réformes concrètes à l’actif de l’institution

Le HCI n’est pas qu’un cadre de concertation : ses sessions passées ont débouché sur des réformes tangibles, dont plusieurs sont aujourd’hui opérationnelles. Parmi elles : la création du Guichet de l’Investissement, l’institution des tribunaux de commerce et de travail, la mise en place d’un guichet unique pour les permis de construire, le déploiement du logiciel douanier SYDONIA WORLD pour fluidifier les procédures à la frontière, et la plateforme fiscale DIGITAX (anciennement E-Tax) qui permet la télédéclaration et le télépaiement des impôts. Un projet de loi-cadre fixant le régime général des investissements au Gabon est également en cours d’élaboration.

Un regard tourné vers les baromètres internationaux

Le Secrétariat Permanent joue également un rôle de vigie sur la réputation économique du Gabon à l’international. Il est le point focal national pour le Business Ready de la Banque Mondiale (un baromètre de référence pour les investisseurs) et contribue à l’Observatoire du Climat des Affaires (OCA) de la zone CEMAC. Le Gabon figurera parmi les pays évalués par le Business Ready en novembre 2026, ce qui confère à la session actuelle une dimension stratégique évidente.

Un modèle comparé à des pays pionniers

La présentation générale du HCI cite explicitement les expériences du Sénégal, du Togo, du Maroc, de la Côte d’Ivoire et du Rwanda comme références en matière de dialogue public-privé efficace. Ces pays partagent un point commun : la tenue régulière des sessions à un haut niveau politique, une implication systématique du secteur privé dans l’identification des réformes, et un budget dédié au fonctionnement de l’instance. Ce sont précisément les trois recommandations que le SP-HCI formule pour que le dialogue gabonais produise des effets durables.

Dans un contexte où le PNCD 2026-2030 table sur 18 000 milliards de francs CFA de financements privés, soit les deux tiers d’un plan global de 27 000 milliards, le HCI n’est plus seulement une instance de dialogue. Il devient un instrument de mobilisation de capitaux. La qualité de son fonctionnement conditionne, en partie, la crédibilité de l’ambition économique du Gabon.

Huit ans d’inactivité. Une relance au plus haut niveau. Un rendez-vous stratégique en novembre 2026 avec le Business Ready de la Banque Mondiale. Et 18 000 milliards de francs CFA de financements privés à mobiliser pour tenir les promesses du PNCD 2026-2030. Le HCI n’a plus le droit à l’approximation. Il lui reste à prouver qu’il peut produire des résultats dans la durée, avec la régularité et la rigueur que les investisseurs, et les Gabonais, sont en droit d’attendre.

 
GR
 

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