Dans les rues de la capitale gabonaise, le spectacle est courant : des morceaux d’argile, souvent blanches, rouges ou blanc cassé, sont vendues comme de simples amuse-gueules. Au Gabon, on l’appelle le Kalaba, et sa consommation, notamment par les femmes enceintes ou non, est une vieille pratique qui cache des risques sanitaires souvent passés sous silence.

La consommation du Kalaba, une pratique à haut risque. © D.R.

 

Malgré son attrait, le Kalaba, qui est en réalité du kaolin ou de l’argile blanche, n’est pas sans conséquences pour l’organisme. La consommation de cette «pierre» est directement mise en cause dans l’apparition de plusieurs troubles à savoir, l’anémie, la constipation, l’obstruction des trompes, sans oublier une forte addiction.

L’accoutumance au Kalaba est un phénomène réel et inquiétant, comme en témoignent les consommatrices : «J’ai commencé à manger le kalaba depuis 2019 et j’ai été accro. Je pouvais manger, si c’était peu, cinq sachets de kalaba par jour, je suis allée comme ça sur trois ans», explique Daverly Libanga, dorénavant ancienne consommatrice. Elle précise que les conséquences sur sa santé ont été dramatiques. «J’ai commencé à me sentir mal, j’avais des douleurs au bas ventre et j’étais très faible, je n’arrivais presque plus à manger».  Après des examens, le diagnostic a été sans appel, on l’a trouvé avec 4,8 d’hémoglobines et une carence en fer très avancée. «J’ai frôlé la mort», confie-t-elle en précisant que le Kalaba la dégoute maintenant. 

L’impact sur le transit intestinal est une autre plainte fréquente. Une autre femme confie avoir été gravement constipée. «Je ne pouvais pas aller me coucher sans prendre une boule de Kalaba au moins. J’ai fait quatre jours sans pouvoir aller aux toilettes, j’avais mal. J’ai dû faire un lavement avec du piment, et je vous assure que c’était un véritable supplice. C’est depuis ce jour que j’ai décidé d’arrêter d’en manger». Cette addiction, souvent liée à l’«envie du bébé» chez les femmes enceintes, expose les consommatrices à un cycle de dépendance et de douleur.

Des voix discordantes

Si la consommation interne est fortement décriée, le Kalaba trouve également des adeptes pour ses vertus externes. Certains le considèrent comme un produit de beauté et de santé, apprécié pour calmer les douleurs d’estomac et, surtout, pour ses bénéfices cosmétiques.

Les esthéticiennes l’utilisent notamment pour des gommages du visage afin de lutter contre les boutons et les taches. M.N, 28 ans, esthéticienne, souligne que le kaolin est une argile au pouvoir absorbant dont l’usage externe est profitable aux peaux sèches ou fragiles, ainsi qu’aux cheveux dévitalisés. En tant que rénovateur cellulaire, cette argile gomme et reminéralise la peau.

Néanmoins, bien que ce calcaire ait des bienfaits comme astuce de beauté, les conséquences de l’ingestion sur l’organisme restent une source d’inquiétude pour le corps médical. «Dans la littérature, une consommation chronique de kaolin expose potentiellement la femme à deux risques : une anémie ferriprive/carence en micronutriments et une intoxication par les métaux lourds», avertit le guide de la médecine et de la santé en Afrique francophone.

Ainsi, malgré la facilité de son accès dans les rues et son intégration dans certaines pratiques cosmétiques, la consommation du Kalaba représente un danger silencieux et bien réel. Les professionnels de santé appellent à une meilleure sensibilisation pour alerter les femmes sur les graves carences et pathologies qu’entraîne cette pratique. «Le kalaba est aussi bon que dangereux», retenez-le. 

Thécia Nyomba (Stagiaire) 

 
GR
 

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