L’avion militaire et l’UDB : la polémique que les faits désamorcent
Un avion militaire, des militants en tenue de parti, une passerelle : quelques photos ont suffi. Sur les réseaux sociaux gabonais, le verdict est tombé avant même que les faits soient établis. Détournement, privilèges, trahison des idéaux : l’UDB était coupable. Sauf que non. Derrière le scandale supposé, il y a une facture, des cotisations de membres et un service que l’Armée de l’air gabonaise propose depuis longtemps à qui veut bien se donner la peine de le demander.

Le secrétaire général de l’UDB Mays Mouissi et la ministre Laurence Ndong, à la descente d’un aéronef militaire loué par leur parti pour sa tournée d’implantation. © Facebook
Une image, un avion militaire, une tenue aux couleurs d’un parti : la mécanique de l’indignation s’est enclenchée à toute vitesse sur les réseaux sociaux gabonais. Des cadres de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), dont le secrétaire général Mays Mouissi, ont été aperçus à la descente d’un appareil de l’Armée de l’air gabonaise lors d’une tournée d’implantation dans plusieurs localités du pays. La conclusion a été immédiate, unanime et sévère : détournement de ressources de l’État, mélange des genres, continuité des privilèges de l’ancien régime. Le problème ? Cette conclusion est factuellement inexacte.
Ce que les faits établissent

Des militants de l’Union Démocratique des Bâtisseurs sur le tarmac, venus accueillir la délégation au terme d’un déplacement qui a enflammé les réseaux sociaux. © Facebook
L’Armée de l’air gabonaise propose, à ceux qui en font la demande, la location de ses aéronefs dans des conditions tarifaires établies. Cette pratique, peu formalisée mais réelle et ancienne, répond à une logique opérationnelle simple : des appareils immobilisés se dégradent. Les faire voler, fût-ce pour des missions civiles, permet de les maintenir en état de navigabilité, de cumuler des heures de vol utiles et de générer des recettes d’appoint pour l’institution.
Des familles endeuillées y recourent régulièrement pour acheminer des dépouilles vers des localités enclavées, non desservies par les compagnies privées dont les tarifs sont prohibitifs. Des entreprises également. L’UDB n’a donc rien inventé, ni rien contourné : elle a utilisé un service existant, accessible à quiconque en fait la demande dans les conditions prévues.
La délégation, selon ses propres cadres, a intégralement réglé la prestation : «8,6 millions de francs CFA, financés par les cotisations des membres du parti, pour les trajets Libreville-Koulamoutou-Libreville et Libreville-M’Vengue-Libreville». Une facture, estampillé Etat-Major Général des Armée a été produite que GabonReview a consulté mais ne saurait publier, le document étant militaire. Ce qui clôt, sur le plan factuel, le débat sur un éventuel détournement.
L’indignation sélective, ce révélateur
Ce qui nourrit véritablement la polémique n’est pas tant l’acte lui-même que le sentiment d’une cohérence brisée. Aujourd’hui aux affaires, les responsables de l’UDB sont jugés à l’aune de leurs propres discours passés sur les abus de l’ancien régime. C’est là le vrai sujet : non pas la légalité d’une location d’avion, mais l’exigence d’exemplarité que tout acteur politique en position d’autorité contracte vis-à-vis de l’opinion publique. Cette exigence est légitime. Elle ne doit cependant pas conduire à instruire un procès sur la base d’une image, sans établir les faits.
La transparence, quand elle est totale et documentée comme ici, devrait suffire à clore le débat. Elle ne suffit pas toujours : c’est, au fond, la leçon de communication politique que l’UDB devra retenir de cet épisode. En politique, la légalité ne dispense pas de la pédagogie. Quand on prétend incarner la rupture, on anticipe. On explique. Avant que les photos ne circulent.












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