À Libreville, la Compagnie africaine de sépultures du Gabon (Casep-Ga) est confrontée à une situation critique avec 155 dépouilles conservées depuis plus d’un an sans réclamation. Parmi elles, des nourrissons, des victimes d’accidents de la circulation et des corps, soit repêchés en mer, soit trouvés sur les plages de la capitale, révélant à la fois une détresse sociale profonde et des blocages familiaux persistants.

Parmi les 155 corps, on dénombre ceux découverts sur les plages et des victimes d’accidents de la route. © D.R./Gabonreview

 

À la zone d’Oloumi, non loin du Cedoc, la Compagnie africaine de sépultures du Gabon (Casep-Ga) fait face à une accumulation inhabituelle et préoccupante de dépouilles non réclamées. Depuis janvier 2025, 155 corps sont toujours en conservation dans ses installations, sans qu’aucune famille ne se soit manifestée pour organiser les obsèques, malgré un appel public lancé en mars 2026 et resté sans suite.

Face à l’échec de cet ultimatum fixé au 30 avril, la direction de la structure envisage désormais une procédure d’inhumation à titre d’indigent. Selon le conseiller juridique de Casep-Ga, Karl Mouba, une saisine du Parquet de Libreville sera engagée dans les prochains jours afin d’obtenir l’autorisation nécessaire. Cette démarche sera suivie par des consultations avec le ministère de la Santé pour les aspects techniques et sanitaires, puis avec la mairie de Libreville pour l’attribution de parcelles dans les cimetières municipaux.

Des corps aux origines diverses, entre drames et anonymat

La situation est d’autant plus préoccupante que la typologie des corps conservés reflète une réalité sociale et humaine complexe. Parmi les dépouilles figurent des victimes d’accidents de la circulation, des corps découverts sur les plages, mais aussi des nourrissons, ainsi que des jeunes filles et garçons. Dans plusieurs cas, l’état de décomposition avancé rend difficile l’identification précise des circonstances des décès.

Selon les responsables de Casep-Ga, cette accumulation s’explique principalement par des contraintes financières. Malgré une politique de responsabilité sociale incluant une réduction tarifaire pouvant atteindre 75 % sur les frais d’obsèques, de nombreuses familles restent incapables de s’acquitter des coûts liés à la conservation et à l’inhumation.

À ces difficultés économiques s’ajoutent des tensions internes au sein des familles. «Des dissensions font que certains proches se désengagent complètement. Les personnes identifiées lors du dépôt des corps refusent parfois toute responsabilité et demandent à ne plus être contactées», explique Karl Mouba à nos confrères du quotidien L’Union.

Ce cumul de facteurs – précarité économique, conflits familiaux et complexité des identifications – place aujourd’hui les autorités devant une décision délicate : procéder à des inhumations collectives pour des défunts laissés sans sépulture, dans un contexte où la dignité des morts se heurte aux réalités sociales des vivants.

 
GR
 

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