Prise d’otages, sortie de piste, blessé par balle et incendie : l’aéroport international Joseph Rendjambe Issani de Port-Gentil a été confronté, vendredi 11 septembre 2026, à un scénario de crise à haute intensité. À travers «Mandji Exa 2026», les autorités gabonaises ont voulu éprouver, en conditions réelles, la capacité de l’ensemble de la chaîne d’intervention à gérer plusieurs urgences simultanément.

Exercice de prise d’otage à l’aéroport, le 11 septembre 2026 à Port-Gentil. © GabonReview

 

L’aéroport international Joseph Rendjambe Issani a été transformé, le temps de quelques heures, en théâtre d’une crise fictive aux multiples ramifications. Baptisé «Syndrome de la Double Crise», «Mandji Exa 2026» a mis en scène une prise d’otages relevant de la sûreté, puis la sortie de piste d’un aéronef nécessitant l’évacuation et la prise en charge des passagers. Pour compliquer davantage l’intervention, un passager blessé par un tir perdu et un feu de broussailles sont venus solliciter les capacités des services de secours.

«Nous avons eu trois programmes : la gestion de crise sûreté, qui était expérimentée par une prise d’otages. Nous avons eu également à gérer une crise de sécurité expérimentée par une sortie de piste d’avion et des passagers qu’il fallait secourir. Et enfin, il fallait examiner une crise post-sortie de piste», a expliqué Samuel Ezinebe, directeur des exercices.

Evaluer la capacité du Gabon à corriger ses vulnérabilités

Derrière cette démonstration opérationnelle se joue surtout la capacité du Gabon à corriger ses vulnérabilités face aux situations d’urgence. Impulsé par les plus hautes autorités, sous l’égide du ministre d’État, ministre des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, et sous le contrôle de l’Office national de sûreté et de facilitation des aéroports du Gabon (ONSFAG), dirigé par le général de brigade Justin Andouka, l’exercice a réuni l’ASECNA, l’ANAC, le BEIAA, les forces de défense et de sécurité, les services de secours et les équipes médicales. «Maintenant, nous allons voir ce qui a été bien fait, ce qui doit être amélioré», a indiqué Samuel Ezinebe.

Un rapport doit désormais permettre de dégager les insuffisances et de formuler des recommandations pour renforcer le dispositif national de gestion des crises aéroportuaires. Une démarche qui s’inscrit dans la continuité de «MASUREX 2026», organisé le 2 avril dernier à Franceville.

Au-delà de l’exercice, l’enjeu est également de préserver le statut international de la plateforme aéroportuaire de Port-Gentil. Pour le général de brigade Justin Andouka, la régularité de ce type d’évaluation répond aux exigences de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). «Cet exercice grandeur nature est important pour cet aéroport qui est un aéroport international. Il y a des normes à respecter, et parmi ces normes, il y a la régularité des exercices qui sont imposés par l’OACI», a-t-il souligné.

Quelques moments de l’exercice. © GabonReview

Le directeur général de l’ONSFAG assume ainsi une logique de conformité, mais aussi de crédibilité : «Nous voulons préserver ce statut. Et pour ce faire, il faut mettre en place un système d’évaluation pour s’arrimer aux standards internationaux de l’OACI». Le Gabon entend donc démontrer que ses infrastructures aéroportuaires ne sont pas seulement capables d’accueillir du trafic international, mais disposent également d’une chaîne de riposte adaptée aux menaces susceptibles de perturber leur fonctionnement.

Tester l’articulation entre intervention d’urgence et enquête technique

La gestion de l’accident aéronautique a, parallèlement, permis de tester l’articulation entre intervention d’urgence et enquête technique. Le colonel Pamphile N’nang Ndong, directeur général du BEIAA, a rappelé que «le rôle majeur du bureau des enquêtes, c’est d’abord la prévention des accidents». L’exercice a notamment éprouvé la coordination avec la gendarmerie des transports aériens afin de sécuriser l’accès au site et de préserver les éléments nécessaires aux premières investigations.

Sur le volet sécuritaire, le colonel Jean Délis Makita, commandant de la Légion de gendarmerie Ouest, a estimé que l’opération devait également rassurer les usagers. «Il était question de montrer aux populations et à tous ceux qui empruntent l’aéroport ou l’environnement aéroportuaire que les forces de défense et de sécurité sont présentes et parées à toute éventualité», a-t-il déclaré. 

La gouverneure de l’Ogooué-Maritime, Françoise Assengone Obame, a, pour sa part, salué «une coordination efficace qui a porté ses fruits». Si «Mandji Exa 2026» a été présenté comme une réussite, son véritable bilan se mesurera toutefois dans les corrections apportées aux failles identifiées. Car, au-delà du spectaculaire scénario de «double crise», l’exercice aura surtout servi à répondre à une question essentielle : le Gabon est-il réellement prêt à faire face, simultanément, à plusieurs menaces sur l’une de ses principales plateformes aéroportuaires ?

 
GR
 

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