À Nairobi, en marge du Sommet Africa Forward, le président Brice Clotaire Oligui Nguema et la patronne d’Eramet, Christel Bories, ont scellé ce lundi 11 mai 2026 une étape importante. La transformation du manganèse au Gabon n’est plus une promesse : un calendrier conjoint a été fixé. Une nouvelle phase du Plan de modernisation et de sécurisation du réseau ferroviaire, mené par Setrag, a aussi été actée. Et Libreville a confirmé son intention de souscrire à l’augmentation de capital d’Eramet, soumise au vote des actionnaires le 27 mai prochain.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, la présidente-directrice générale d’Eramet, Christel Bories (à droite), et l’administrateur directeur général de la Comilog, Léod-Paul Batolo (à gauche), à Nairobi, le 11 mai 2026, en marge du Sommet Africa Forward. © Com présidentielle Gabon

 

La rencontre de Nairobi n’est pas un événement isolé. Elle fait suite à une autre rencontre, six mois plus tôt. En novembre 2025, lors de sa visite d’État à Libreville, le président Emmanuel Macron s’était mis d’accord avec son homologue gabonais sur un point précis : suivre ensemble, au plus haut niveau, le dossier du manganèse. Six mois après, à Nairobi, les deux parties font le point. Et accélèrent.

Deux séquences de l’audience de Nairobi, le 11 mai 2026 : autour président Oligui Nguema, la délégation gabonaise et l’équipe dirigeante du groupe Eramet emmenée par sa présidente-directrice générale, Christel Bories. © Com présidentielle Gabon

Trois avancées sortent de cette rencontre. La première : la transformation du manganèse au Gabon devient concrète. Pendant longtemps, c’était une simple promesse. Aujourd’hui, il y a des délais, des études techniques en cours et un calendrier validé par les deux parties. La deuxième : le chemin de fer. Une nouvelle phase du Plan de modernisation et de sécurisation du réseau ferroviaire, confié à Setrag, a été décidée. Sans cette infrastructure, aucune industrie minière ne peut tenir au Gabon. La troisième : le Gabon trace son chemin pour devenir actionnaire d’Eramet.

De simple vendeur à actionnaire : une ambition canalisée

Pendant des décennies, le Gabon a vendu son manganèse à l’état brut. Désormais, il vise une autre place : celle d’actionnaire d’Eramet. La voie est claire. Le groupe minier va proposer une augmentation de capital à ses actionnaires lors d’une assemblée générale prévue le 27 mai. À Nairobi, Libreville a confirmé son intention d’y souscrire. L’opération passera par les droits préférentiels de souscription (DPS) disponibles sur le marché : les actionnaires actuels d’Eramet ont la priorité, mais ce qu’ils ne prendront pas peut revenir à d’autres. Le Gabon se positionne sur cette voie.

Le chef de l’État a aussi fixé un autre cap, plus large : à partir du 1er janvier 2029, le pays ne devra plus exporter de manganèse brut. Cette règle n’a pas été imposée à Eramet. Elle est acceptée par le groupe, qui s’engage à organiser la transition avec l’État.

Ce changement porte un nom : la souveraineté. Pas celle des discours, mais celle qui se voit dans les faits. Elle se mesure aux compétences que forme un pays, à la part de richesse qu’il transforme chez lui, au poids qu’il pèse dans les grandes décisions industrielles. Sur tous ces points, le Gabon vient de franchir une étape importante.

Une méthode, pas seulement des mots

Ce qui rend cet accord crédible, c’est l’expérience déjà acquise. Le Complexe métallurgique de Moanda a été inauguré en 2015. Il a coûté plus de 160 milliards de francs CFA. C’est, à ce jour, la seule usine de transformation du manganèse en Afrique subsaharienne. Aucun autre opérateur présent au Gabon n’a fait pareil, ni la CICMHZ, ni Nouvelle Gabon Mining. Eramet avance donc avec dix ans de leçons : démarrage difficile, problèmes techniques sur les fours, défis logistiques. Dans ce secteur, où l’énergie coûte cher et où les marchés mondiaux sont exigeants, cette expérience compte. Elle fait la différence entre une promesse et une vraie trajectoire.

Reste un point que personne ne peut éviter : l’énergie. Transformer deux millions de tonnes de manganèse demande environ 1 000 mégawatts de puissance électrique. Or, le Gabon ne dispose aujourd’hui que de 704 mégawatts. Le pays vise 1 280 mégawatts dans le cadre du Plan national de développement pour la Transition (PNDT). Et son potentiel hydroélectrique total est estimé à 6 000 mégawatts à long terme. À Nairobi, le Gabon n’a pas seulement annoncé une intention. Il a fixé un cap.

 
GR
 

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