«Mindoubé» : quand Matamba Kombila transforme la honte de Libreville en œuvre cinématographique
Refusant le misérabilisme pour mieux interpeller la responsabilité collective, la cinéaste gabonaise Matamba Kombila signe avec «Mindoubé» un documentaire engagé sur la problématique des déchets à Libreville. Le film sera projeté en première le 18 juin 2026 à l’Institut Français, avant un déploiement national dans les écoles des neuf provinces du pays.

«Mindoubé n’est pas un film à observer de loin avec fatalisme. C’est un miroir tendu à nos propres habitudes de consommation», dixit Matamba Kombila, réalisatrice. © Dougantsi Films
C’est un projet cinématographique autant qu’un acte citoyen. Produit par Dougantsi Films avec le soutien de NEWF, «Mindoubé» plonge le spectateur au cœur de la plus grande décharge de Libreville, érigée au sommet de la colline la plus haute de son quartier. Le film lui prête une voix, une conscience, une trajectoire : celle d’un lieu qui apprend qu’il doit fermer, et qui, en cherchant à comprendre pourquoi, prend la mesure de l’impact dévastateur qu’il exerce sur la santé et l’environnement de sa communauté.

Matamba Kombila (en haut) au cœur de Mindoubé : la réalisatrice gabonaise a choisi de filmer ce que la ville préfère ne pas voir. © Dougantsi Films
Le dispositif narratif, à la fois poétique et documentaire, repose sur des personnages bien réels. Fanny Mihindou, recycleuse sur le site depuis 2017, et Georges Mbourou, artisan fabricant de pirogues en plastique sur les rives de la Lowé, incarnent deux visages de la relation complexe que les Librevillois entretiennent avec leurs déchets. Une poupée fabriquée en France il y a près d’un demi-siècle, retrouvée dans la rivière après avoir dérivé depuis la décharge, complète ce triptyque humain et symbolique.
Un outil pédagogique national
Au-delà de l’œuvre filmique, Matamba Kombila a conçu «Mindoubé» comme le point de départ d’un programme citoyen d’envergure. Le film servira de support pédagogique central lors de vingt projections gratuites prévues en septembre 2026, couplées à des débats et des ateliers dans les établissements scolaires des neuf provinces du Gabon. La jeunesse est clairement identifiée comme la cible prioritaire de cette campagne de sensibilisation nationale : premiers prescripteurs des comportements au sein des foyers, les jeunes sont appelés à devenir des acteurs du changement écologique.
L’exposition photographique «Donner de l’écho au silence», signée par le photographe plateau Ombalo Kierno, prolongera le propos du film dans l’espace public. Le budget promotionnel global du projet s’établit à 67,4 millions de francs CFA hors taxes, auxquels s’ajoutent 38 millions pour l’exposition et 61 millions pour le programme scolaire.
Récompensée à plusieurs reprises sur la scène internationale, notamment aux Sportel Awards de Monaco en 2023 pour «Playing Fields : Aya», Matamba Kombila confirme avec ce nouveau projet sa place de figure centrale du cinéma documentaire gabonais et africain. La première de «Mindoubé» est fixée au 18 juin 2026, à 18 heures, à l’Institut Français de Libreville, en présence de la réalisatrice.













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