Une phrase, une seule, au détour de la page 19. Le Rapport national sur le développement humain (RNDH 2026) y lâche le chiffre le plus violent de ses 219 pages : plus de 77 % de pauvreté dans la Nyanga. Dans un pays classé «à développement humain élevé», premier d’Afrique centrale à l’IDH, une province entière vit aux trois quarts sous le seuil de pauvreté. Le rapport n’y consacre aucun développement. Il aurait pourtant fallu.

Le calme d’un carrefour de Tchibanga. Loin de l’axe économique de l’Estuaire, la Nyanga concentre le taux de pauvreté le plus critique du pays : plus de 77 %, selon le RNDH 2026. © GabonReview (image d’archive)

 

Le contraste donne le vertige. Au niveau national, la pauvreté touche 33,4 % de la population selon l’Enquête gabonaise pour l’évaluation et le suivi de la pauvreté (EGEP II), dont 8,2 % en situation d’extrême pauvreté. Dans la Nyanga, la proportion fait plus que doubler : sur dix habitants de la province, plus de sept ne parviennent pas à couvrir leurs besoins essentiels. Le rapport, qui cite ce chiffre «par exemple» au milieu d’un paragraphe sur les vulnérabilités, ne le commente pas davantage. Comme si l’exemple se suffisait à lui-même.

L’envers de l’hyper-concentration

Ce que la Nyanga subit, le reste du document l’explique pourtant en creux. L’activité économique, les entreprises et les emplois qualifiés se concentrent massivement dans l’Estuaire : les registres du Pôle national de promotion de l’emploi y recensent 11 070 demandeurs qualifiés, quand les autres provinces peinent à retenir leurs diplômés. L’offre de soins de pointe reste cantonnée aux zones urbaines. Et l’exode rural, que le rapport qualifie de «double multiplicateur de crise», vide les provinces de leur potentiel productif tout en saturant Libreville.

La Nyanga cumule les handicaps de ce modèle : éloignée de l’axe économique, dotée d’un seul établissement technique de référence, le lycée technique de Tchibanga, elle voit sa jeunesse partir et sa pauvreté s’enraciner.

Un potentiel reconnu, des moyens à venir ?

L’ironie est que le même rapport classe la province dans le «pôle de croissance Sud-Ouest», promis à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche et au tourisme, avec une «pénurie critique» de profils spécialisés à pourvoir. Le potentiel existe donc, noir sur blanc. C’est précisément le sens des recommandations du document : territorialiser les politiques d’emploi, former sur place en fonction des bassins de production, ériger les collectivités locales en acteurs pivots.

Pour la Nyanga, ces recommandations ne relèvent pas de la prospective mais de l’urgence. Un pays ne peut durablement afficher un «développement humain élevé» en laissant une province entière au bord du chemin. Le chiffre de la page 19 mérite mieux qu’un «par exemple» : il mérite une politique.

 
GR
 

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