Ces dernières semaines, il avait multiplié les vidéos et interpellations sur l’état des chantiers, des équipements publics et la gestion de certains projets dans la Nyanga. Convoqué ce mercredi 26 août à l’antenne locale de la Direction générale des recherches (DGR), Lionel Giovani Boulingui, porte-parole d’Ensemble pour le Gabon (EPG), a été placé en garde à vue après son audition. Problème : ni son parti ni sa famille ne sont parvenus, dans la soirée, à connaître les faits qui lui sont précisément reprochés.

Lionel Giovani Boulingui : après avoir braqué la lumière sur les chantiers de la Nyanga, le porte-parole d’EPG se retrouve dans l’ombre d’une garde à vue sans motif connu. © D.R.

 

Lionel Giovani Boulingui s’est rendu mercredi 26 août, à 13 heures, à l’antenne de la Direction générale des recherches (DGR) de Tchibanga. Il n’en est pas ressorti libre. Le porte-parole d’Ensemble pour le Gabon (EPG) a été placé en garde à vue à l’issue de son audition, une information qui circulait déjà largement sur les réseaux sociaux avant que son parti ne publie un communiqué dans la soirée.

Mais une question demeure entière : pourquoi ? EPG dit avoir cherché à connaître les raisons de cette mesure. La famille de Giovani Boulingui également. Sans succès. Dans un communiqué publié le 26 août au soir, le parti réclame aux autorités «la communication (…) des faits précis» qui seraient reprochés à son porte-parole.

Des vidéos qui dérangent ?

La convocation intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs semaines, Giovani Boulingui sillonne la Nyanga et documente, caméra à la main, ce qu’il présente comme des dysfonctionnements, des retards ou des interrogations entourant plusieurs investissements publics dans la province.

Ses sorties ont notamment porté sur des infrastructures et équipements financés sur fonds publics. Certaines ont suscité des réactions de l’administration, voire des controverses locales.

Le 7 août, une vidéo montrant des tracteurs stationnés à Tchibanga avait ainsi provoqué suffisamment de remous pour entraîner, dès le lendemain, une visite de presse du directeur provincial de l’Agriculture. Celui-ci avait contesté l’idée d’un abandon des engins et expliqué qu’une opération de maintenance était en cours.

Lionel Giovani Boulingui avait également interpellé publiquement les autorités sur les conditions entourant l’exploitation du gisement de marbre de Doussiéguoussou, réclamant davantage de transparence sur le projet. Plus récemment encore, ses investigations de terrain l’ont conduit à documenter plusieurs chantiers dans la Nyanga, notamment des ouvrages hydrauliques et des bâtiments dont l’état d’avancement ou le fonctionnement suscitent des interrogations.

Cette activité critique précède donc immédiatement sa convocation à la DGR. Mais aucun élément disponible ne permet, à cette heure, d’établir que ces publications constituent juridiquement le motif de sa garde à vue. Faire ce lien comme s’il était démontré serait aller au-delà des faits connus.

Que lui reproche-t-on ?

C’est précisément là que l’affaire prend une dimension politique. EPG affirme attendre des autorités «la communication de ses motifs, de son fondement et des faits précis» reprochés à son porte-parole. Le parti estime que «l’enquête doit permettre d’établir les faits» et «ne doit pas servir à justifier, après coup, une arrestation».

Le parti de Bilie-By-Nze appelle également ses militants et sympathisants à la sérénité, tout en réclamant que les droits de Giovani Boulingui soient respectés.

La prudence s’impose donc sur le lien entre ses dénonciations et sa garde à vue. Mais, la chronologie, elle, est difficile à ignorer : Lionel Giovani Boulingui multiplie les sorties publiques sur la gestion de projets dans la Nyanga ; il est ensuite convoqué par la DGR à Tchibanga, se présente à l’heure indiquée, est entendu puis placé en garde à vue. La coïncidence temporelle soulève nécessairement des questions. Elle ne constitue cependant pas une preuve du motif de la procédure.

Mercredi soir, l’essentiel restait donc inconnu. Et derrière les spéculations qui commencent à entourer l’affaire demeure une question beaucoup plus simple, à laquelle les autorités n’ont toujours pas publiquement répondu : que reproche-t-on exactement à Lionel Giovani Boulingui ?

 
GR
 

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